Comme l'an dernier, Rory McIlroy a vécu un dernier tour mouvementé, qui s'est à nouveau soldé par une victoire. Quatrième joueur à conserver la veste verte, le Nord-Irlandais continue d'écrire sa légende.
Un dernier tour de Majeur, c'est forcément excitant. Surtout quand ça se déroule à l'Augusta National Golf Club, seul endroit au monde où le parcours est davantage la star que les joueurs. Et surtout quand les prétendants à la victoire sont aussi nombreux qu'ils l'étaient ce dimanche 12 avril, et se livrent comme espéré une bataille homérique. D'abord, les seconds rôles : parti de loin, Tyrrell Hatton a été le premier à mettre la barre à -10 au club-house grâce à un superbe 66 (-6). Sur cette marque est ensuite venu buter Russell Henley, brillant fers en mains mais sans réussite au putting, et condamné à partager la 3e place après son 68 (-4).
Ensuite, les premiers rôles : Cameron Young, incisif en début de partie, secoué à la fin de l'aller et incapable de réaliser le moindre birdie sur le retour, a rendu un triste 73 (+1) pour échouer à -10. Justin Rose, passé un temps en tête grâce à un aller somptueux, pourra regretter ses erreurs dans l'Amen Corner : seul joueur du champ à avoir aligné quatre cartes sous le par, il termine lui aussi 3e après son 70 (-2) dominical. C'est finalement Scottie Scheffler, parti avec quatre coups de retard sur la tête, qui a joué le rôle de l'antagoniste principal : dans une journée où il a passé son temps à frôler les bords de trou, ses quatre birdies pour jouer 68 (-4) et conclure un week-end sans bogey, une première depuis 1942, lui ont permis de boucler son tournoi à -11.
Au sommet de ce casting prestigieux, Rory McIlroy a été la vedette, la tête d'affiche, la star incontestable de ce 90e Masters, dans un finale à la dramaturgie presque aussi élaborée que l'an passé. Parti co-leader, dépassé par Young dès le trou n° 2, sur le chemin de l'Enfer avec un trois-putt pour double bogey au 4 puis un nouveau bogey au 6, le tenant du titre s'est alors retrouvé à trois coups de la tête.
En bon héros, Rory a pourtant su retourner la situation en sa faveur en milieu de partie, avec un birdie inattendu au 7, un autre plus classique au 8, une merveille de coup de fer au 12 récompensée à sa juste valeur, et un nouvel oiselet sur le par 5 du 13. En l'espace de sept trous, le McIlroy en difficulté s'est transformé en champion, à la faveur d'une stratège intelligente et de quelques coups de pouce du Destin.
Toutefois, dire que sa fin de partie n'a été qu'une formalité serait mentir : d'une occasion manquée au 14 à ce putt de 10 cm pour la veste verte au 18, Rory a sorti toute la panoplie des coups à suspense : le drive sous les arbres (au 15 et au 18), l'attaque de green imprécise (15, 16, 17), le chip qui frôle le trou (au 17), et un exceptionnel putt de défense au 16 pour sauver un par compromis par un coup de fer trop long.
Mais rien, pas même son ultime mésaventure au 18 où un drive lâché à droite dans les bois l'a obligé à jouer le bogey pour faire 71 (-1) et terminer à -12, n'aurait pu priver ce McIlroy d'une deuxième veste verte. Après la page d'histoire écrite en 2025 en réalisant le Grand Chelem en carrière, ce deuxième sacre à Augusta, acquis avec (un tout petit peu) plus de sérénité que le premier, ne signifie qu'une seule chose : le compteur à Majeurs, bloqué à quatre pendant onze ans mais passé à six en douze mois, est bel et bien dégrippé. To be continued...