L'an dernier, Jean-Marie Carret, directeur du Golf de Cap Malo, près de Rennes, avait eu la chance d'assister, sur le parcours d'Augusta, au deuxième tour du Masters. Cette année, il y sera de nouveau, pour le dernier tour de dimanche. Voici le témoignage de son « matin en jaune et vert », comme il l'intitule lui-même, de 2025.
Ça faisait longtemps que j’en rêvais. Pas un rêve pressant. Un rêve discret, tapi dans un coin du cœur. Un rêve que je ne voulais pas brusquer, de peur qu’il ne s’éloigne.
Et puis un jour, il est là. Le jour J. Réveil en fanfare. Il fait encore nuit, mais peu importe. Je veux tout vivre. L’avant, le pendant, le silence, les pas. Je veux chaque instant.
Un dernier coup d’œil au règlement. Ce qu’il faut retenir : ici, la star, c’est Augusta National. N’imaginez pas venir pour vous montrer. Ceux qui n’ont pas compris ça ne passeront pas le parking. J’aime cette idée. Cette humilité imposée par les lieux.
Sur la route, mes pensées s’alignent comme un swing bien rythmé. Je revois tous ces coups mythiques. Ces gestes que j’ai regardés des centaines de fois. Mais aujourd’hui, je ne suis plus devant un écran. Je vais les voir pour de vrai.
Les panneaux apparaissent : Accès spectateurs. Portables interdits. Une évidence. Pas de distraction, pas de distance. Ce qu’on vit ici, on le garde en soi. Pour toujours.
Les contrôles se passent. Et très vite, une première image presque irréelle : la zone de petit jeu. Sous les projecteurs encore allumés, Dustin Johnson, calme, dans un bunker.
Un peu plus loin, Jon Rahm, concentré, silencieux, au putting. Je suis à deux mètres. Pas plus. Je n’ose pas parler. Je me contente de regarder. Et de sourire. Je suis là.
La tradition veut que j’achète une chaise verte. Logo jaune, petit drapeau rouge. Je la place entre l’arrivée du 11 et le départ du 12. Un endroit stratégique, mais surtout symbolique. Ici, j’ai vibré tant de fois depuis mon salon. Aujourd’hui, je m’y installe.
La vue est différente. Plus pentue, plus dense, plus réelle. Les caméras adoucissent. Ici, chaque coup semble un défi. Je mesure le génie de ceux qui osent.
Mais la journée commence à peine. Alors je marche, doucement. Je longe les trous. Le parcours est intact. Les maîtres ne l’ont pas encore foulé. Pas une trace. Pas une herbe de travers. C’est presque trop parfait. Presque irréel. Et incroyablement émouvant.
J’arrive au practice. Butch observe, en retrait. Puis Rory. Bryson. Jon. Dustin. Viktor… Les swings sont nets, fluides. Les balles s’envolent. Longues. Régulières. Le son est pur. Le temps se suspend. Tout semble à sa place.
Et moi, je suis là. Témoin silencieux de cette beauté maîtrisée. Le cœur calme. Mais plein. Rempli de gratitude.
Je n’ai rien dit. Je n’ai pris aucune photo. Mais ce que j’ai vu aujourd’hui… Je ne l’oublierai jamais.
Leçon à retenir : il y a des lieux silencieux , mais qui marquent fort. À Augusta, il suffit d’être là pour ressentir ce que le golf a de plus grand. Et de plus simple.
Pour aller plus loin
Les textes et vidéos de Jean-Marie Carret, dans lesquels il partage sa grande passion du golf et ses expériences, sont à retrouver sur sa page Facebook, en suivant ce lien.