Déjà lauréate des deux premiers Majeurs de l'année, Nelly Korda se présente cette semaine au KPMG Women's PGA Championship avec la possibilité d'être la première athlète à réaliser le Grand Chelem, le vrai, sur une saison.
À l'approche du KPMG Women's PGA Championship, troisième Majeur de l'année qui débute jeudi à Hazeltine, Nelly Korda affiche des statistiques qui paraissent presque irréelles. En neuf départs sur le LPGA Tour cette saison, la n° 1 mondiale a remporté quatre tournois, terminé trois fois deuxième, une fois huitième et une fois 18e. Ce dernier résultat, enregistré il y a deux semaines au Dow Championship, constitue donc son plus mauvais de l'année. Autrement dit, l'Américaine n'est jamais sortie du top 20 en 2026. Une domination qui rappelle forcément sa campagne 2024 : cette année-là, native de Bradenton avait remporté sept titres, dont cinq consécutifs entre janvier et avril. Elle avait ajouté un premier Chevron Championship à son palmarès avant de terminer deuxième de l'AIG Women's Open. À l'époque déjà, certains observateurs estimaient assister à la meilleure saison jamais réalisée par une joueuse du LPGA Tour. Deux ans plus tard, le débat est rouvert.
Car si son total de victoires reste pour l'instant inférieur à celui de 2024, la valeur de ses succès est encore plus impressionnante. Korda a remporté les deux premiers Majeurs de l'année : le Chevron Championship en avril puis l'U.S. Women's Open début juin. Une performance qui la place aujourd'hui sur une trajectoire qu'aucune joueuse n'a encore jamais empruntée jusqu'au bout : celle du Grand Chelem.
Une quête inédite
L'expression du Grand Chelem est familière aux amateurs de golf, mais elle requiert une précision particulière dans le golf féminin. Contrairement à son pendant masculin, le nombre de tournois Majeurs a évolué à plusieurs reprises au fil de l'histoire. Jusqu'en 1979, le calendrier n'en comptait que trois. L'Omnium du Canada, alors dénommé Du Maurier Classic, s'est ensuite ajouté au groupe avant d'être remplacé en 2001 par le Women's British Open. Puis, en 2013, l'Amundi Évian Championship a rejoint à son tour le cercle des Majeurs, portant leur nombre à cinq. Face à ces changements, le LPGA Tour a choisi d'établir une distinction. Le Grand Chelem correspond à la victoire dans quatre Majeurs différents au cours d'une carrière quand le Super Grand Chelem consiste à en remporter cinq. Mais le vrai Grand Chelem, le plus noble, demande d'en décrocher quatre sur une même saison.
Un cercle restreint
Si aucune joueuse n'a remporté quarte Majeurs en une saison, elles sont sept à l'avoir fait en carrière : Louise Suggs (1957), Mickey Wright (1962), Pat Bradley (1986), Juli Inkster (1999), Karrie Webb (2001), Annika Sörenstam (2003) et Inbee Park (2015). Parmi elles, seule Webb a complété le Super Grand Chelem puisqu'elle a remporté cinq Majeurs différents au cours de sa carrière.
Avec déjà deux Chevron Championship (2024 et 2026), un KPMG Women's PGA Championship (2021) et un U.S. Women's Open (2026) au palmarès, Nelly Korda pourrait donc être la toute première. Une victoire cette semaine à Hazeltine lui permettrait d'ajouter un deuxième KPMG Women's PGA Championship à sa collection tout en poursuivant sa route vers un Grand Chelem calendaire inédit. En cas de victoire cette semaine, le prochain Majeur qu'est The Amundi Evian Championship (du 9 au 12 juillet), lui permettrait alors d'accomplir son Grand Chelem.
Le fonctionnement d'une championne
Si sa réussite n'est pas récente, sa domination incontestable l'est bel et bien. Et elle est le fruit de deux travaux : l'un, ancré depuis son adolescence, et l'autre, appliqué depuis un an. Au milieu de toutes ses consœurs, Nelly Korda possède probablement le swing le plus admiré du golf féminin. Sa fluidité est devenue une référence technique, la signature de son geste. Une qualité qu'elle attribue volontiers à un conseil son père, Petr Korda, ancien tennisman et vainqueur de l'Open d'Australie, qui lui demandait lorsqu'elle était enfant de répéter : « Coca-Cola » pendant son mouvement afin de trouver le bon rythme entre montée et descente du club.
Une anecdote amusante mais qui traduit une réalité plus profonde : chez Korda, le tempo est une obsession. Dès 2013, année de ses 15 ans, elle travaille avec David Whelan, l'homme qui a accompagné insisté sur le travail du rythme pour amorcer sa transformation d'espoir du golf américain en numéro une mondiale. Aujourd'hui encore, le technicien américain continue de faire partie de son staff. Mais avec lui, c'est Jamie Mulligan qui est venu, en 2021, renforcer un autre aspect de la joueuse. « J'ai cherché des entraîneurs un peu partout. J'ai apprécié l'attitude très positive de Jamie. Nous nous sommes tout de suite bien entendus. » La phrase paraît anodine et pourtant elle cache ce dont la joueuse estimait manquer : une attitude positive.
La victoire dans la tête avant les mains
Lorsque Korda évoque sa progression, elle parle aujourd'hui presque davantage de psychologie que de technique. Après sa saison 2024, l'Américaine a pris une décision simple : ne plus voyager seule. La présence régulière de Mulligan ou de son assistant Brett Lederer sur les tournois est devenue une constante. « Le fait d'avoir quelqu'un présent physiquement pour me mettre littéralement dans les bonnes positions du swing s'est avéré essentiel », rapportait Reuters en mai dernier. « Dans le passé, j'avais peur de faire des erreurs. Cela me bloquait un peu. » Aujourd'hui, Nelly Korda considère avoir appris à accepter davantage l'imperfection, à comprendre qu'un bogey n'hypothèque pas forcément une journée entière et qu'un mauvais coup n'a pas besoin de contaminer les suivants.
Le dernier exemple le plus marquant pour elle de cette négativité remonte à l'U.S. Open 2025. Toute proche de remporter son open national pour la première fois, la joueuse d'alors 26 ans a vu le titre lui échapper. « Je voulais vraiment l'emporter. Mais parfois, plus on tient à quelque chose, plus on se crispe et plus on devient un peu nerveux », a-t-elle expliqué à Golf.com au début du mois. Une expérience qui l'a poussée à approfondir encore davantage son travail mental. Cette saison, elle a ainsi adopté une nouvelle habitude : voyager avec des post-it sur lesquels elle inscrit des messages positifs. « J'ai commencé à m'écrire des petits mots positifs dans ma salle de bains, raconte-t-elle dans les colonnes du média américain. Je les colle sur le miroir et cela devient ma pensée de la semaine. »
L'épreuve du KPMG
Cette forme d'auto-thérapie semble donc porter ses fruits. Plus détendue, moins introvertie, davantage disposée à partager ses émotions, au-delà de la joueuse, c'est l'athlète qui bénéficie d'une nouvelle personnalité. À cela s'ajoute évidemment une éthique de travail rarement prise en défaut. Lors de ses semaines sans tournoi, Korda a dévoilé accorder six jours à l'entraînement, alternant préparation physique et travail technique. « Je n'essaie pas de m'entraîner comme une golfeuse. J'essaie de m'entraîner comme une athlète », résumait-elle auprès d'Australian Golf Digest.
Cette approche lui a permis de bâtir l'une des carrières les plus impressionnantes de sa génération. Elle pourrait désormais l'amener vers quelque chose d'encore plus grand. Car à partir de jeudi, à Hazeltine, Nelly Korda partira en favorite et pour cause, le tracé du Minnesota a tout pour sourire à sa puissance au drive et sa maîtrise des fers. En 2019, il avait même vu celle qui n'avait que 20 ans terminer troisième de l'événement.