Derrière les couleurs, les formes et les coups de crayons, il y a une toute une histoire. Celle-ci est celle de Salomé Zasio, ancienne joueuse de haut niveau qui, à défaut de pouvoir jouer aujourd’hui, entretient sa passion pour le golf à travers l’art.

L'oeil et la patte de Salomé Zasio lors de la victoire de Matthieu Pavon au Farmers Insurance Open 2024. © Salomé Zasio / Zasio Illustrates

Enfant du Sud, bien qu’originaire du Nord, Salomé Zasio a découvert le golf à Frégate, là où, comme elle, Lucie Malchirand, Martin Couvra, Thomas Boulanger, ou encore Alexander et Lucas Lévy ont effectué leurs premiers swings. Les siens se sont faits « à l’âge de 9 ou 10 ans, un peu tard » se souvient-elle en souriant. Il n’y a pas eu de coup de foudre pour le sport. Mais elle était douée. Alors chaque semaine, le temps passé derrière la balle s’est fait plus long, jusqu’à ce que le parcours devienne sa « première maison. » À l’époque, l’absence d’une équipe féminine en phase avec son niveau de jeu l’amène à migrer vers ses terres familiales, et le club de Bondues. À 16 ans environ, elle y évolue dans une équipe féminine structurée et surtout en lice pour le championnat de France amateur par équipes de première division. En somme, elle y trouve un encadrement et des partenaires solides dans un environnement propice à l’ambition.

L’embûche et le rebond

Puis le tremplin continue de se former en 2017, lorsqu’elle décroche, à 17 ans, son premier titre de championne de France cadette. Un fait d’arme qui précèdera une défaite en play-off lors du Ribeira Sacra Patrimonio de la Humanidad International Ladies Open, tournoi de deuxième division professionnelle alors qu’elle n’était, elle, encore qu’une amateur. L’année qui a suivi, tout s’est aligné. Le BAC en poche, elle prépare son passage dans la cour des grandes. La tête est prête au grand saut mais le corps, lui, pose un véto. « Une blessure au dos lors de la préparation hivernale. » Longuement éloignée des fairways, le second couperet tombe sous la forme d’une mononucléose agressive qui repousse son retour à six mois de plus. Une hibernation forcée dont les symptômes douloureux la suivent encore à ce jour.

Renoncer à une carrière professionnelle n’est pas une décision technique. C’est une mue. Une fracture intime. « Je ne l’ai pas bien vécu », confie-t-elle. Le golf de haut niveau s’est éloigné, mais le lien avec le jeu, lui, n’a jamais disparu. Il s’est transformé, lui aussi. Aujourd’hui, Salomé joue « comme une joueuse du dimanche » de manière très ponctuelle, habitée par le mélange délicieux de frustration et de lucidité de celle qui sait qu’elle a les coups les plus techniques dans le bagage mais qui n’est plus à même de les utiliser.

La perte de ce sens en a pourtant réveillé un autre. À une époque où une double dyslexie a rendu l’école élémentaire quelque peu chaotique, le dessin s’offrait comme une respiration aux Beaux-Arts de La Seyne-sur-Mer. Lors de ses adieux au golf, encore. « Ce que j’aime dedans, c’est la créativité bien sûr mais aussi la structure, la stratégie, la finalité concrète. » Pendant un temps, le fait d’avoir touché à la peinture, la sculpture ou la couture a créé une hésitation sur la fibre créative qui pourrait animer son quotidien. « Comment vivre de ça ? » avoue-t-elle s’être questionnée. Et puis en reprenant ses études à Kedge Design School à Marseille, la réponse s’est construite à travers les cours de design. Et très vite, une évidence s’est imposée : elle pouvait réunir ses deux mondes.

Dessins, vecteurs et humains

Ses premières illustrations digitales se sont destinées à l’identité des parcours. Une idée née d’un constat simple : « en France, le golf est parfois mal raconté, mal montré. » Elle décide donc de le rendre visuellement attractif, vivant. Son processus est artisanal et précis. Elle se rend sur le terrain, observe, photographie, elle s’imprègne de la lumière et du relief pour esquisser les premiers traits à la main car « ça reste du dessin avant tout » sourit-elle. Ensuite, vient la phase digitale où elle compile tous les éléments qui font la marque d’un golf : son club house, son panorama, son trou signature et parfois, un de ses joueurs. L’humain est l’élément le plus important de ses créations pour cette fan de Tommy Fleetwood, dont elle admire l’attitude autant que le swing. « J’aime ajouter des silhouettes car je m’identifie : sur l’une, il y a une gauchère, comme moi, sur une autre au golf de Frégate, il y a un joueur de dos en jaune, qui me fait penser à (feu, ndlr) Lucas Lévy. »

Par passion, celle qui a réinvesti le Sud de la France s’est aussi attaquée aux portraits de Victor Perez, Alexander Levy ou encore Pauline Roussin-Bouchard et Matthieu Pavon pour immortaliser des moments personnels de ces athlètes-là : une participation aux Jeux olympiques, un résultat marquant…  De manière plus large, les moments de vie de manière général se sont invités dans son spectre d’inspiration. « Aujourd’hui, j’aime autant créer l’affiche d’un golf que reproduire une demande en mariage à partir d’une photo. » Au-delà de l’illustration, elle s’interroge aussi sur la communication des clubs français de manière générale. « Certains, comme Terre Blanche, ont compris l’importance d’une stratégie forte et cohérente. D’autres relèguent encore la communication au rang d’accessoire mais c’est ce regard que je veux changer. » C’est pourquoi elle a co-fondé un collectif, One More Degree, avec deux associés pour valoriser l’image d’une entreprise, d’un golf, et raconter ses histoires.

Salomé Zasio n’a finalement pas troqué la compétition contre la création. Son exigence reste celle d’une sportive de haut niveau. Son sens du détail aussi. Et chaque projet est travaillé jusqu’à trouver le bon équilibre entre esthétique et identité ; une balance qui donne un sens à son parcours professionnel qui raconte autre chose que la victoire ou la défaite ; il incite à la résilience et à une autre façon d’aimer une passion de toujours.