Bord de mer, intérieur des terres, forêt, montagne, le tout en 3, 9 ou 18 trous, de toutes les tailles et de toutes les formes... Difficile, pour les débutants, de s'imaginer l'immense diversité des parcours de golf. Alors, pour les aider, essayons de catégoriser un peu.
Allez, pas de tour de chauffe, on se lance avec les pneus bien froids : personne n'est d'accord. Combien de catégories de parcours de golf, quel nom donner à chacune, et surtout dans laquelle placer tel ou tel tracé, à supposer qu'il n'en existe pas qui soit pile à mi-chemin de deux catégories ? Tout le monde a sa petite idée sur la question, et de fait, sa petite réponse. La plus grande chance donnée au jeu de golf est sans doute de pouvoir évoluer sur une planète où tous les parcours, sans exception, sont des spécimens uniques. Et on vous voit, les petits malins qui objectez qu'on pourrait très bien, avec nos moyens modernes, reproduire le parcours de l'Augusta National ou l'Old Course de St Andrews au millimètre près. C'est vrai, mais quid de l'orientation par rapport au vent ? du climat différent ? du sol et du sous-sol différent ? de l'altitude différente ? de la végétation différente ? Au golf, point de clonage. Par pure impossibilité technique.
Mais alors, si absolument tous les parcours sont uniques, il doit bien exister des similitudes, des régularités, des parcours qui se ressemblent, et d'autres qui s'opposent en tout point. Et avec les ressemblances, on doit bien pouvoir constituer quelques catégories, afin de voir un peu clair dans ce fatras. Alors, définissons-en quelques-unes. Sans prétention de scientificité, car encore une fois, chacun peut faire son propre tri. Mais simplement pour que les futur(e)s adeptes de ce jeu merveilleux s'y retrouvent. Tout ça en prenant quelques exemples de parcours français, histoire de montrer que cette diversité est sur le pas de notre porte.
D'abord, la taille
Localisation, végétation, dessin sont évidemment des paramètres très pertinents pour classer les parcours de golf, mais avant de se pencher dessus, il faut être bien d'accord sur ce qu'on entend par parcours. Car si l'on borne l'exploration aux seuls 18 trous de taille standard, c'est bien beau, mais cela fait perdre du bétail au troupeau. Par souci d'économie de place, de temps de jeu ou encore de portefeuille, les dernières décennies ont vu fleurir beaucoup de golfs ayant un nombre réduit de trous (9 ou 6, typiquement), avec des distances elles aussi réduites. Ces clubs sont généralement désignés par la locution, aucunement péjorative, de « petites structures ». Et à l'intérieur, des catégories ramifiées existent. Un parcours qui, par exemple, présente 9 trous, tous en par 3, avec des distances de 90 m au maximum, sera appelé « pitch & putt ». Si ces 9 trous comprennent quelques pars 4, mais toujours avec des distances réduites, on parlera plutôt de « compact ». Sachant que dans ces deux catégories, le nombre de trous n'est pas fixé. Il peut très bien exister un pitch & putt de 18 trous. Au passage, vous l'aurez noté : ces petites structures sont idéales pour commencer la pratique du golf. Exemple avec le Golf du Totche, un 9 trous compact, dans l'Aveyron.
Pour approfondir
Le pitch & putt, l’affaire de tousLe links
Et donc, si un parcours est constitué de trous en par 3, 4 ou 5, avec des distances se promenant quelque part entre la centaine de mètres au minimum, et un peu plus de 500 m au maximum, on parle là de taille standard. Pour catégoriser les différents tracés, le critère le plus prégnant sera leur situation géographique, associée à leur architecture.
On l'a dit, personne n'est d'accord ni sur le nombre de catégories, ni sur leur dénomination... à une exception près. Il y a une catégorie pour laquelle tout le monde s'accorde, qui plus est sur le fait de la citer en premier lieu : les links. À cela, il y a une raison toute simple : les links ont été les premiers parcours de golf à être créés, il y a des siècles, sur les landes littorales de l'Écosse. Ce terme curieux est en réalité une métonymie, « links » désignant ces mêmes bandes sablonneuses, où ne poussent que de l'herbe et de la végétation rase, comme les bruyères et les ajoncs.
De fait, le links, dans son pur style, et un parcours en bord de mer, au sol sablonneux, sans arbre (et donc totalement à la merci du vent), et sans pièce d'eau, si l'on excepte quelques rus côtiers. Outre l'aération régulière, sa difficulté réside dans les hautes herbes qui bordent les trous, les bunkers souvent profonds, et la fermeté du sol. Sur les links, terrains souvent bosselés, la balle aura tendance à rouler davantage qu'ailleurs. Il est donc nécessaire de réfléchir à chaque coup, voire de faire preuve de créativité. Les passionnés désignent souvent la manière de jouer sur les links comme la plus pure (mais aussi la plus dure) forme de golf. Ces parcours constellent les côtes britanniques et irlandaises, et d'ailleurs, l'Open britannique (The Open), le plus vieux tournoi de golf au monde (première édition en 1860), se joue systématiquement sur un links. En France aussi, certains tracés reprennent le style du links britannique, comme Granville, dans le Cotentin, ou Wimereux, dans le Pas-de-Calais.
Le links est le style de parcours de golf le plus ancien et le plus unanime, et ainsi, fort logiquement, il est le plus copié, voire le plus détourné. Des architectes ont pris un malin plaisir à construire des parcours bien à l'intérieur des terres, mais en leur donnant un aspect rappelant les links. D'autres, adeptes du contre-pied, ont conçu des parcours en bord de mer, mais en ne leur donnant pas les atours des links. Bref, querelle sans réelle fin.
Le parkland (ou inland)
La mer, c'est bien beau, mais il faut bien des parcours pour jouer quand on habite à l'intérieur des terres. Pour cela, le plus typique est ce que les Anglo-Saxons nomment le parcours parkland. Ou inland, selon les humeurs. Mais les deux termes peuvent être considérés comme équivalents.
Ici, le paysage est soit celui des haies et des champs, soit celui des arbres et des forêts. Voire une combinaison habile des deux, ce qui peut avoir son charme. Le sol étant différent (beaucoup plus meuble et terreux) de celui des links, la balle va avoir tendance à moins rebondir et moins rouler. Même si, bien sûr, cela varie énormément selon les saisons. Mais il est nécessaire d'adapter sa manière de jouer, un peu de la même manière qu'au tennis, jouer sur terre battue et jouer sur gazon n'est pas la même chose.
Les parcours parkland sont très présents dans les terres britanniques et irlandaises, et également en Amérique du Nord, où se situent sans doute les exemples les plus connus. Contrairement au links, où la topographie des lieux est rarement modifiée, les architectes creusent souvent des étangs, pour habiller leurs tracés de pièces d'eau. Ce style de parcours, avec des fairways manucurés et souvent des greens très souples, est le lieu propice à la pratique de ce qui se nomme le « target golf », dans le jargon. Comprenez, un style de jeu assez direct, où il s'agit de viser une cible, d'y faire atterrir la balle, et de compter sur le fait qu'elle va rester sur place. En France, un très bon exemple, de parcours parkland où pratiquer le target golf se situe à Crécy-la-Chapelle, près de Marne-la-Vallée.
Dans cette catégorie, il existe quelques branches annexes, comme celle dite « woodland ». Alors que le parcours inland standard se pose au milieu des champs en plantant quelques arbres ça et là, le parcours woodland trace des trous au milieu de la forêt. La difficulté est donc de rester droit au maximum, afin de ne pas mettre les arbres en jeu. À l'inverse, des tracés que les Anglais nomment « Moorland » ont plutôt tendance, toujours à l'intérieur des terres, à investir des terrains plus dégagés, avec des sols un peu plus fermes. Et la ramification peut se poursuivre à l'envi.
Le heathland
Cette catégorie-ci est sans doute la plus difficile à définir. Ce n'est pas du links, car la mer est généralement loin, et les arbres présents. Ce n'est pas non plus du parkland, car le sol peut être ferme, et le dessin bosselé. Mais ce n'est pas non plus un mixte des deux, non plus qu'une catégorie fourre-tout regroupant ce qui n'est ni links ni parkland.
Disons, pour garder les choses simples, que le heathland (eh oui, encore un terme d'importation britannique) prend la nature du coin telle qu'elle est. Il s'installe généralement sur une parcelle non cultivée, avec un sol plutôt sablonneux mais toujours dans l'intérieur des terres, et offre un tracé plus ouvert que le parkland. De fait, le style de jeu s'y rapproche du links, à ceci près que les arbres sont présents, d'éventuelles pièces d'eau naturelles aussi, et que la mer est loin. Généralement, avant de rencontrer les premiers arbres, votre balle fera connaissance avec quelques hauts roughs et bruyères. En France, un exemple typique est le Golf des Aisses, au cœur de la Sologne.
Le stadium course
Ça y est. Ouf ! Enfin une catégorie où le nom veut à peu près dire de quoi il retourne. Car oui, le golf, ça se joue, mais ça se regarde également. Et si un tournoi se déroule sur un parcours biscornu aux lignes de vue peu dégagées, l'expérience spectateur risque d'être fade. Les architectes ont donc eu l'idée de concevoir certains parcours en les dessinant spécialement pour que le golf puisse y être regardé. Prenant l'analogie du stade, cela a pris le nom de « stadium course ». Plusieurs techniques peuvent être utilisées, mais la plus directe, la plus connue et la plus utilisée est de faire grand usage de buttes pour entourer les trous. Des reliefs qui remplissent parfaitement le rôle de tribunes naturelles lorsque les spectateurs sont présents en masse.
Ainsi, le Players Championship, le plus gros tournoi régulier du PGA Tour (le plus gros circuit professionnel au monde), se joue en Floride, sur l'un des tracés du TPC Sawgrass qui se nomme tout simplement... Stadium Course. L'image de carte postale de ce parcours est le trou n° 17, un par 3 avec un green en île, et complètement entouré de buttes pour les spectateurs. En France, bien évidemment, le meilleur exemple de stadium course est l'Albatros du Golf National, hôte de la Ryder Cup en 2018, puis des épreuves olympiques en 2024. Les tribunes naturelles offrent notamment une vue impeccable sur les quatre derniers trous du parcours, que les spectateurs habitués de Saint-Quentin-en-Yvelines surnomment, sans s'y tromper, « le Stadium ».
... et puis quelques autres
Bien sûr, dans un monde grand comme il est, ces catégories ne suffisent pas à embrasser tout le spectre des parcours de golf. Dans les catégories un peu plus annexes du bestiaire, on peut citer le parcours de montagne, qui se caractérise souvent par d'importants dénivelés, relief oblige. Les parcours de bord de mer ont également un visage différent dès lors que l'on parle de régions tropicales. Aux links de Grande-Bretagne se substituent alors des parcours beaucoup plus propices au target golf, au bruit des vagues et à l'ombre des palmiers. Dans un climat toujours chaud mais différent, l'arrière-pays australien ou californien offre un type de parcours que l'on nomme souvent « sandbelt », avec des sols très fermes et sablonneux, mais aussi la présence d'arbres trapus. Et à vrai dire, la liste peut s'allonger ad libitum. Avec pas loin de 40 000 parcours de golf dans le monde, trouver des exceptions et des nouvelles catégories n'a rien de difficile.