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Mon jour de gloire #4 : Catherine Lacoste

Dans quelques mois, les meilleurs amateurs du monde se retrouveront au Golf National et à Saint-Nom-la-Bretèche pour les championnats du monde amateur par équipe. Avec ce nouveau podcast, la Fédération française de golf vous plonge déjà dans les coulisses de l'épreuve. Dans ce quatrième épisode, Alexandre Mazas accueille Catherine Lacoste, championne du monde pionnière en 1964 et seule joueuse amateur à avoir remporté l'U.S. Open.

Écoutez l'épisode 4 de « Mon jour de gloire » sur la plateforme de votre choix.

Catherine Lacoste, une étoile est née

C'est à l'automne 1964, lors de la victoire de la France dans les championnats du monde par équipes, que la carrière de Catherine Lacoste a pris son envol. Depuis son fief de Chantaco, la légendaire joueuse amateur revient pour nous sur ce succès acquis avec ses copines Brigitte Varangot et Claudine Cros, devant son public, ses amis et ses parents.

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« J'ai l'impression d'y être encore ! » répond sans détours Catherine Lacoste lorsqu'on lui demande d'évoquer les championnats du monde amateur de 1964. Sélectionnée pour représenter la France aux côtés de Brigitte Varangot et Claudine Cros, deux championnes de cinq ans ses aînées, elle n'a que 19 ans lorsque s'ouvre, le 1er octobre au golf de Saint-Germain, la première édition des Mondiaux. Cinquante-sept ans plus tard, les souvenirs de cette épopée sont encore gravés dans sa mémoire : « J'étais très contente d'y participer ! Mes parents, qui étaient là évidemment puisque j'habitais encore chez eux, essayaient de me calmer un peu parce que la tentation, quand on a 19 ans, est de se griser et s'emballer un peu. C'était le premier championnat très important de ma vie, et à cet âge-là on ne réalise pas forcément ce qui nous arrive », raconte la fille du tennisman René Lacoste et de la golfeuse Simone Thion de la Chaume, aujourd'hui âgée de 76 ans.

En tête à mi-tournoi

Et ce qui est arrivé à Catherine Lacoste, jusque là considérée simplement comme un espoir du golf tricolore, n'a en outre rien d'ordinaire. Dès le premier tour, la toute récente championne de France junior claque un 72, meilleur score parmi les 75 compétitrices des 25 pays engagés. Rebelote le lendemain, avec un 71 à nouveau inégalé ! À mi-tournoi et devant son public, la France est en tête... « J'ai un peu moins bien joué le troisième jour », indique-t-elle succinctement en référence à ce 78 non comptabilisé, Varangot ayant signé un 73 et Cros un 75. À la veille du dénouement, les joueuses de Lally Segard, créatrice de l'épreuve et capitaine de l'équipe de France, sont tombées à la deuxième place, un petit coup derrière les États-Unis. Et face aux Américaines, déjà à l'époque réputées comme les meilleures golfeuses du monde, les Françaises ne partent pas favorites, malgré le soutien des centaines de spectateurs présents dans les Yvelines. « Le dernier tour, évidemment, a été très, très tendu », souffle Catherine Lacoste.

« J'ai cru que j'avais perdu »

Plus la journée avance et plus l'issue de ces Mondiaux se fait incertaine. Lorsque les premières joueuses rentrent au club-house, les États-Unis comptent théoriquement deux coups d'avance sur la France, Cros ayant joué 74, un coup de plus que Carol Sorenson. Il ne reste sur le parcours que Catherine Lacoste et Barbara McIntire, la championne en titre de l'U.S. Amateur. À distance, elles se rendent coup pour coup, négociant l'une comme l'autre les 14 premiers trous dans le par. Puis, sur le green du 15, la Française remet les deux nations à égalité en réussissant un birdie là où sa rivale commet un bogey ! Le trophée Espirito Santo tend les bras aux Françaises, mais Lacoste semble le laisser échapper : « Au 16, j'ai fait 5 sur ce par 3, et j'ai cru que j'avais perdu le championnat du monde pour la France, car ce n'est pas pour moi que je jouais mais pour mon pays. » Le drame, en réalité, ne fait que commencer.

Un silence de cathédrale

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Alors que Lacoste rentre au club-house en faisant deux pars pour une rendre carte de 73 qui laisse son équipe à 588 coups au total, l'Américaine concède un bogey au 17 : la marge se réduit à nouveau une unité. Le dernier trou, un par 4, sera-t-il pour McIntire une marche triomphale ou un chemin de croix ? « Elle aussi a probablement subi les conséquences de la tension. C'était une très grande championne, mais elle a craqué », raconte la Française. En deux dans un bunker, McIntire met son troisième coup dans le bunker voisin, son quatrième sur le green, et rate un putt de 5 m pour égaler le score des Tricolores. Dans un silence de cathédrale, comme le rapporte dans un vibrant article le journaliste de Tennis et Golf Philippe Chatrier (qui deviendra l'époux de Claudine Cros ainsi que le président de la Fédération française de tennis), elle signe un double bogey qui offre le titre mondial aux Françaises... « Personne n'y croyait, mais elle fait ce 6 et nous étions championnes du monde... Nous étions toutes les quatre folles de joie. C'était formidable, d'autant plus que ça s'est joué chez nous, à Paris, et qu'on a battu ces Américaines qu'on considérait comme inatteignables », raconte Lacoste.

Direction l'U.S. Open !

Cerise sur le gâteau, la benjamine de l'équipe de France décroche le titre honorifique de meilleure joueuse au classement individuel, à égalité avec Carol Sorenson (294). Couronnés de succès à tous points de vue, ces premiers Mondiaux français lancent également la carrière de celle qui deviendra la « Crocodile Kid »... « C'est à la suite de ce championnat que Mrs Prunaret (la présidente de la section féminine de l'USGA, ndlr) a discuté avec mes parents et les a convaincus de m'envoyer aux États-Unis jouer l'U.S. Open », conclut malicieusement Catherine Lacoste. « On connaît la suite ! » Ses succès futurs à l'U.S. Open (1967), à l'U.S. Amateur et au British Amateur (1969) ont ainsi tous pris racine dans cette fabuleuse épopée à Saint-Germain, dont les souvenirs restent toujours vivaces dans les mémoires, 57 ans plus tard.

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Photos : Famille Lacoste - www.catherinelacoste.com


Par Alexandre MAZAS
23 février 2022