Brillant en Catalogne la semaine passée en décrochant son premier top 3 au plus haut niveau, Oihan Guillamoundeguy entend transformer l’essai et tout miser cette saison sur le DP World Tour.
C’est au retour d’une journée sponsor passée du côté d’Evian que Oihan Guillamoundeguy nous a consacrés un gros quart d’heure par téléphone. Evidemment ravi de sa prestation à l’Estrella Damm Catalunya Championship où il s’est offert une solide 3e place, le Landais débarqué sur le Tour européen cette saison ne veut surtout pas brûler les étapes. Pas de Majeurs donc dans le viseur en 2026, sauf si une opportunité se présente, notamment à l’Open d’Italie où un spot pour le Royal Birkdale est en jeu à la fin du mois de juin.
Comment se sent-on quand on vient de signer son premier top 3 sur le Tour européen ?
On se sent très bien ! Franchement, ça va nickel. Ce fut une semaine de fou. Ce sont des émotions que l’on aimerait vivre toutes les semaines, surtout devant toute ma famille. Quand ça arrive, pour une première, c’est vraiment cool.
Votre famille est venue vous rejoindre à Barcelone ?
Oui, tout à fait. Mon papy, ma marraine, mon oncle, mon cousin, des potes à moi... Non, le faire c’est génial. Mais le faire devant tout le monde, c’est encore plus fort.
A quel moment avez-vous senti que vous étiez en mesure d’accrocher cette 3e place ?
Honnêtement, la semaine dernière, en Turquie ! J’avais fait une super semaine en termes de grand jeu. Mais en termes de petit jeu, c’était catastrophique. Et j’ai raté le cut. Je savais que si mon petit jeu se mettait en place, ça pouvait faire quelque chose de bien. Mon coach était là (Ndlr, Robin Cocq, son coach performance). On a bien bossé le chipping, notamment. Cela a super bien marché puisque j’ai fini premier des stats dans ce secteur de jeu. Dès les reconnaissances, j’ai senti que ça se passait bien. Je jouais bien, en chippant mieux, tout en variant des choix clubs différents. J’ai bien démarré le jeudi avec un 67 (-5). Et là, je me suis dit : « il y a quelque chose à faire ! »
Avez-vous l’impression d’avoir produit en Catalogne votre meilleur golf depuis votre montée sur le DP World Tour en novembre dernier ?
En termes de frappe de balle et de jeu pur, c’était la meilleure semaine, oui. Après, j’ai eu des super semaines au Kenya et à l’Ile Maurice (Ndlr, il a fini à la 9e place). Je pense que celle-là, en Espagne, est devant mais j’ai quand même eu des semaines où j’aurais pu aller accrocher un top 5. Je n’y suis pas arrivé car il y avait à chaque fois une journée un peu moins bonne.
Sans ce phénomène sud-africain, Yurav Premlall, qui a atomisé le tournoi, y avait-il la place pour gagner ?
Absolument pas ! Yurav était bouillant. Il nous a roulé dessus. Il n’y avait pas moyen de gagner le tournoi, mais il y avait moyen de finir deuxième tout seul, oui. Au deuxième tour, je joue dans le par (72) et je trouve que j’en ai laissé beaucoup en route sur les greens. Au putting, après 36 trous, j’étais, je crois, 130e aux stats. Alors que j’étais 20e du tournoi. Cela prouvait que je jouais bien, que c’était en place mais, malheureusement, j’ai eu une journée très moyenne au putting qui fait que je n’ai pas réussi à signer un score le vendredi. Au-delà de ça, je suis très content car je pense que c’est mérité. Ma semaine a été très complète. Et ça me fait très plaisir !
Quand on voit Yurav Premlall gagner à -28, peut-on dire que le parcours d’El Prat a eu beaucoup de mal à se défendre ?
Je ne sais pas trop quoi dire... J’ai fini à -13 avec deux dernières cartes de 69 (-3) et 67. La deuxième place, seul, est à -14 (occupée par Shaun Norris). Je ne trouve pas que ce parcours était cadeau. Je pense juste que Yurav était sur une semaine complètement folle. J’ai vu un résumé de sa partie, dès qu’il ratait un coup, il envoyait un birdie juste derrière, il rentrait les chips... C’était vraiment une semaine exceptionnelle pour lui. Pour moi, le parcours s’est très bien défendu. La preuve, je suis parti dimanche en étant 14e ou 15e, et en jouant -5, je finis 3e. Cela démontre que les conditions étaient dures dans ce dernier tour, avec beaucoup de vent et des positions de drapeaux loin d’être évidentes. Mais Yurav (Premlall) a joué -9 (63). Il était sur une autre planète !
Comment avez-vous réagi en consultant les leaderboards sur le parcours et en constatant qu’il possédait entre douze et quatorze coups d’avance dans ce dernier tour ?
Je n’avais pas vécu ça auparavant. La seule expérience qui peut s’en rapprocher, c’est lorsque j’avais gagné avec neuf points d’avance sur l’Alps Tour, quand j’étais encore amateur. En fait, je ne regarde pas trop les leaderboards quand je joue. J’essaie de faire mon process et de ne pas regarder ce qu’il se fait à côté, tout en donnant le meilleur de moi-même. Au 17, il y avait néanmoins un gros leaderboard, je venais de faire birdie au 16 et au 17. J’ai regardé et j’ai vu qu’il fallait que je fasse birdie sur le 18 pour terminer deuxième. Mais c’est à ce moment-là que j’ai vu qu’il (Premlall) avait quatorze coups d’avance. Là, j’ai halluciné ! Mais après ça, ce que je voulais, c’était la deuxième place. J’ai réussi à faire de nouveau birdie au 18 mais Shaun (Norris) avait pris une longueur d’avance... Cela reste malgré tout une super performance !
Cette 3e place rebat-elle vos objectifs pour le reste de la saison ?
Je n’aime pas trop cet objectif de garder la carte car je trouve que l’on se met trop sur la défensive, en voulant conserver quelque chose. Et non pas à aller gagner quelque chose. Moi, je n’ai pas trop d’objectifs de résultats, juste continuer à m’améliorer chaque semaine, à essayer que dans mes semaines moyennes je parvienne à faire les cuts et à marquer quelques points, et lors des bonnes semaines, à concrétiser, en faisant des top 5, des top 10. Et surtout à évoluer en tant que moi-même, en devenant la meilleure version de moi-même sans tout changer. L’année dernière, ça a très bien fonctionné. Il n’y a aucune raison pour que cela ne fonctionne pas cette année.
Justement, avez-vous conscience d’être un golfeur différent de celui de 2025 quand vous évoluiez sur l’HotelPlanner Tour ?
Non, pas du tout. Je me professionnalise plus que l’an dernier, ça c’est vrai. Mais j’ai mis des choses en place. A moi de m’améliorer de jour en jour pour que ça me facilite la tâche afin de moins batailler en dehors du parcours. Là-dessus, je suis aidé de façon incroyable par mon frère, Lilian (son caddie), qui effectue un boulot de fou ! Il est super investi dans le projet. Il est le premier à aller marcher sur le parcours, c’est le premier à se donner à 200 %. Lilian, c’est mon bras droit. Il m’aide énormément. Cela m’apporte un cadre aussi. Et il est là pour m’aider à rester dans ce cadre.
Quel va être votre programme dans les prochaines semaines ?
Je vais souffler quelques jours à la maison, bien me reposer, faire du sport. Je ne jouerai pas les qualifications de l’U.S. Open le 18 mai. On a décidé de prioriser le DP World Tour cette année. C’est un choix de ma part. Je vais ensuite enchaîner trois semaines de tournois, au Soudal Open, l’Autriche et le KLM Open... Il y aura après la semaine de break qui correspond à l’U.S Open et j’embraye ensuite avec l’Italie, Munich, etc. Je fais tout !
Prendre part à un Majeur cette année, c’est aussi l’un de vos objectifs ?
Des Majeurs, c’est toujours ce que j’ai rêvé de jouer mais je ne cours pas après cette qualification (notamment pour The Open). Si elle vient, c’est bien. Si elle ne vient pas, ce n’est pas grave. J’ai envie de performer sur le DP World Tour sans brûler les étapes. Si je suis amené à faire une performance en Italie (Ndlr, un spot pour The Open est en jeu) et que je joue The Open, ce serait exceptionnel. Je serai ravi d’aller à Birkdale. Mais mon objectif principal, c’est d’abord le Tour européen. A ce titre, je serai aussi sur les deux tournois co-sanctionnés par le PGA Tour, au mois de juillet en face du Scottish Open et de l’Open britannique. Ce sont deux opportunités de fou. Je ne sais pas encore si je pourrai entrer avec ma catégorie de jeu. Je vais m’inscrire en tout cas. J’espère que j’aurai la chance de jouer ces deux tournois (ISCO Championship et Corales Punta Cana).
Les Etats-Unis, c’est quelque chose qui trotte dans un coin de votre tête ?
J’adore cette partie du monde. J’y suis allé plein de fois. J’ai vraiment hâte de jouer là-bas, notamment le parcours de Louisville (Ndlr, hôte du ISCO Championship du 9 au 12 juillet). Aller chercher de l’expérience sur des tournois comme ça, ce sont des choses dont on rêve. Après, la vie américaine... C’est encore un peu tôt pour en parler. Mais j’aime bien la vie là-bas, je n’ai aucun souci avec les Américains. C’est un pays que j’adore !
Vous êtes 50e de la Race. Les play-offs pour les Emirats se profilent-ils ou c’est, selon vous, encore un peu tôt pour y penser ?
C’est beaucoup trop tôt. J’ai mis des supers points en Espagne. C’est cool, mais là, on repart à zéro comme si de rien n’était. On va essayer de continuer à faire de belles semaines, à produire du bon jeu et aller le plus haut possible.
Des quatre tournois du Grand Chelem, quel est celui que vous aimeriez jouer en priorité ?
C’est The Open. J’ai toujours rêvé de jouer un British. Même si le Masters n’est pas loin derrière. The Open est un poil plus accessible que le Masters, pour le moment. Les links, c’est exceptionnel. On les joue différemment des autres parcours. Dans le vent, il faut savoir beaucoup plus jouer avec la balle, et ça j’adore. Mais pour l’instant, je n’y suis pas du tout.
Quel est votre rêve le plus fou ?
Gagner des Majeurs, être n°1 mondial... Gagner des Ryder Cups aussi... Tout cela me fait vibrer et c’est ce qui me motive tous les matins quand je me lève. Cela m’incite à travailler le plus fort possible pour qu’un jour je puisse vivre ça.
Son staff technique
René Darrieumerlou : coach technique
Robin Cocq : coach performance
Matthieu Capbern : préparateur physique
Lilian Guillamoundeguy : caddie