Le Masters est connu comme le tournoi traditionnel par excellence, où rien ne change d’une année sur l’autre. Pourtant, dans cet océan d’immuabilité, des choses ont bien évolué à l’Augusta National au fil des décennies. Oui, il faut creuser pour les trouver. Alors, creusons.

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Les back-tees de l'Augusta National (ici celui du 18) ont été sensiblement reculés depuis un quart de siècle. © Andrew Redington / Getty Images - AFP

Le parcours

L’Augusta National Golf Club a été fondé en 1932, et la première édition du Masters s’est déroulée en 1934. Préciser que les distances dans le jeu de golf ne sont plus les mêmes entre cette époque ancienne et la nôtre fait plus que frôler l’inutilité. Donc, à l’évidence, le parcours géorgien a subi moult modifications, à commencer par l’emplacement des repères de départ.

L’inflation s’est surtout fait sentir au tournant du siècle. L’édition 2000 du Masters s’est déroulée sur un parcours de 6387 m. Dix ans plus tard, cette distance était passée à 6799 m. Cette année, les joueurs auront 6917 m devant eux. La formule la plus souvent entendue à propos de cette transformation est que le tracé a été « Tiger-proofed ». Autrement dit, qu’il a été rallongé pour empêcher Tiger Woods de le mettre en pièce chaque mois d’avril. C’est vrai, mais dans le même temps, c’est réducteur. Car en réalité, le Tigre a simplement établi des standards de distance qui sont ceux de tout le gratin mondial aujourd’hui.

Les transformations de l’Augusta National ne se limitent pas à la distance. Des arbres ont été plantés, par exemple au 11 pour interdire une ligne trop agressive à la mise en jeu. En 1999, de l’herbe un peu plus épaisse a commencé à entourer les fairways. Mais n’allez surtout pas appeler ça du rough, malheureux ! Non, il s’agit simplement d’une deuxième tonte (« second cut »), nuance…

Même les greens ont subi des transformations. Mais celles-ci se sont déroulées sous terre. En 1994, Marsh Benson, alors superintendant, a fait installer un vaste système d’aération et d’irrigation sous les greens, nommé le SubAir System. Le but étant bien sûr d’avoir les surfaces les plus belles, et surtout les plus homogènes possibles.

Toutes ces transformations mises bout à bout démontrent une chose : Augusta est, parmi les plus grands parcours de ce monde, sans doute celui subissant le plus de travaux et de transformations. Mais tout cela, bien sûr, se fait pendant l’année, hors caméra. Car le but, évidemment, est de présenter la même qualité au moment du Masters.

Le practice

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Le nouveau practice de l'Augusta National (en haut à gauche) lui a coûté, au total, environ 140 millions de dollars. © Google Earth

Ouvrez n’importe quelle plateforme de vues par satellite, positionnez-vous au-dessus de l’Augusta National Golf Club, et zoomez sur la partie la plus au nord. Vous y verrez une grande étendue comprenant plusieurs greens et bunkers, et à sa droite, de l’autre côté d’une voie de circulation, un rectangle entièrement vert. Ce voyage dans l’espace est aussi un voyage dans le temps, de l’actuelle aire d’entraînement à l’ancienne.

Remontons aux origines. Lors des premières éditions du Masters, dans les années 30 et 40, le club géorgien n’avait, tout simplement, pas de practice. Les joueurs désirant s’échauffer un peu avant de jouer leur tour (et ils n’étaient qu’une cinquantaine dans le champ à l’époque) tapaient simplement quelques balles dans l’espace (qui existe toujours) entre les fairways des trous 9 et 18.

Puis, juste à côté de la fameuse Magnolia Lane, fut créée la première aire d’entraînement dédiée d’Augusta (le rectangle vert). Sauf que l’évolution du jeu l’a condamnée à l’obsolescence, puisque sa longueur excède de peu les 220 m. Au début des années 2000, le club organisateur était même contraint d’y dresser un filet, pour empêcher les balles d’aller sur la route derrière. Un filet, diantre, c’est d’un vulgaire !

Alors l’Augusta National a décidé de se munir du meilleur practice au monde, et n’a pas lésiné sur les moyens. L’aire qui était alors réservée au parking pour les spectateurs (les fameux « patrons ») a officiellement été transformée en aire d’entraînement, et les travaux ont débuté en 2007. En 2010, ce nouveau practice a ouvert. Son coût ? 140 millions de dollars. Car au-delà des travaux, le club a surtout dû acquérir de nouvelles terres dans son voisinage, afin que les « patrons » puissent se garer.

Fidèle à sa réputation, l'institution a construit cette nouvelle installation en faisant attention au moindre détail. Ainsi, le green qui fait immédiatement face aux joueurs est quasi similaire à celui du trou n° 2. Les deux espaces dans le fond du practice simulent chacun les fairways de trous tournant vers la gauche ou vers la droite. Les bunkers, eux aussi, répliquent leurs camarades sur le parcours.

Mais alors, qu’est devenu l’ancien practice ? Il est toujours là. Uniquement réservé, pendant la semaine du Masters, aux anciens champions. Et fréquenté, le reste de l’année, par les membres de l’Augusta National. Car oui, la grande installation à 140 millions de dollars, est utilisée… 12 jours par an, environ. La semaine du Masters, deux jours durant l’Augusta National Women’s Amateur, et c’est à peu près tout. Ça fait cher la journée.

La diffusion télévisuelle

Le Masters est diffusé à la télévision aux États-Unis depuis 1956, et systématiquement sur la même chaîne : CBS. Et cela n’est sans doute pas près de changer, même si, un peu par tradition, CBS et l’Augusta National ne sont liés l’un à l’autre que par des contrats annuels.

Les immuables autour de la diffusion télévisuelle sont bien connus. Ainsi, le club décide de l’emplacement de certaines caméras, surtout autour du green du 18, donne aux commentateurs toute une liste de vocabulaire à respecter (pas question de parler de « fans »), et choisit les plages de diffusion. C’est pour cela, par exemple, que lors des débuts de journée, les caméras ne filment pas l’ensemble du parcours.

Néanmoins, au cours des années, la diffusion télévisuelle du Masters a beaucoup changé. Ne serait-ce que dans l’identité des diffuseurs. Car même si CBS reste à la barre, derrière, les lignes bougent. Ainsi, de 1982 à 2007, USA Network, une chaîne du câble, diffusait plusieurs heures de direct le jeudi et le vendredi. Des images qui étaient produites par… CBS, car oui, il ne faut pas déconner. Cette diffusion des débuts de tours est passée dans le giron d’ESPN en 2008, et s’y trouve toujours.

De manière générale, le volume d’heures de direct a augmenté considérablement. En 1956, CBS avait retransmis seulement les quatre derniers trous du dernier tour. À partir de 2003, la chaîne retransmettait l’entièreté du quatrième tour de la dernière partie, en plus de diffuser des images des autres journées. Le nombre de caméras sur le parcours, lui, est passé de six à plus d’une cinquantaine, en incluant des drones ces dernières années. Bref, la diffusion du Masters, pour enlever une couche de poussière sur un poncif, c’est l’alliance de la modernité et de la tradition.

Les anciens champions

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Bernhard Langer, double vainqueur de l'épreuve, a disputé son dernier Masters l'an passé, à 67 ans. © Harry How / Getty Images - AFP

Encore une tradition. Lorsque vous gagnez le Masters, vous êtes invité à revenir jouer le tournoi à vie. Oui, à vie. Au pied de la lettre, cette règle existe toujours. Si un ancien vainqueur, si âgé soit-il, se met en tête mordicus de venir jouer, l’Augusta National n’a aucun moyen réglementaire de l’en empêcher.

Néanmoins, ces dernières années, les plus âgés ont peu à peu, sagement, rangé les clubs. En disputant son dernier Masters l’an passé, Bernhard Langer faisait figure de moins jeune, à 67 ans. Cette année 2026, le champ de joueurs comprendra 18 anciens vainqueurs, mais au total, 35 sont encore en vie.

Oui, l’Augusta National a bel et bien mis de l’eau dans son vin concernant cette règle. En 2002, son président d’alors, Hootie Johnson, avait tenté la solution vinaigre, en envoyant une lettre à plusieurs anciens champions leur priant expressément de ne pas venir. Dans le lot figurait par exemple Doug Ford, vainqueur en 1957, et qui n’avait pas passé le cut depuis… 1971.

Jack Nicklaus et Arnold Palmer, pour citer les plus connus, avaient alors levé leur bouclier de concert face à cette remise en cause explicite de l’exemption à vie. De fait, l’Augusta National l’a tout simplement rendue implicite. Lorsque d’anciens vainqueurs approchent de leurs 65 ans, le club leur propose désormais un beau dernier tour de piste, avec une fin en apothéose sur le 18, pour leur rendre un dernier hommage. L’âge ne leur permettant plus d’être au coude à coude avec les meilleurs, la plupart saisissent sans hésiter cette occasion de sortir par la grande porte. La méthode douce est particulièrement efficace sur le golfeur.

Les caddies

Cette tradition-ci a bien changé, et c’est une excellente chose. Non pas la coutume qui habille tous les caddies de combinaisons blanches fort élégantes, appelée à demeurer encore longtemps. D’ailleurs, pour l’anecdote, l’Augusta National dispose d’une garde-robe gigantesque afin, le jour du concours de par 3, de vêtir à la fois les bambins sachant marcher depuis trois semaines et les joueurs de NBA préférés des golfeurs.

Entre 1932 et 1990, en revanche, par sa politique vis-à-vis des caddies, l’Augusta National a tenu une place dans l’histoire ségrégationniste du Vieux Sud des États-Unis. La règle du club était alors limpide : non seulement tous les joueurs devaient être blancs, mais en plus, tous les caddies devaient être noirs. Clifford Roberts, cofondateur du club avec Bobby Jones, le disait on ne peut plus clairement : « Tant que je serai en vie, tous les golfeurs seront blancs, et tous les caddies seront noirs ». Histoire de se représenter le trop grand nombre d’années durant lesquelles ce système a perduré, dites-vous que Roberts est décédé en 1977.

Il est important de saisir que cela touchait également le Masters. En effet, jusqu’au début des années 1970, l’usage était plutôt, sur n’importe quel tournoi, d’avoir recours à un caddie local. Puis les joueurs se sont mis à employer leur propre caddie à plein temps… sauf la deuxième semaine d’avril. Jusqu’en 1982 inclus, les joueurs devaient faire porter leur sac par un caddie de l’Augusta National. Dès l’année suivante, leurs caddies attitrés ont été admis.

Les choses ont évolué. En 1990 (!), le club géorgien a accueilli son premier membre afro-américain. Pour l’admission des deux premières femmes (dont l’ancienne Secrétaire d’État américaine Condoleezza Rice), il a fallu attendre le 20 août… 2012 (! bis). Vraiment pas de quoi être nostalgique.