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Pierre Bechmann : « toujours aussi passionné »

Après deux ans de mandat, Pierre Bechmann a achevé en cette fin d'année sa présidence exécutive au sein de l'Association européenne de golf (AEG). L'ancien président du Golf de Chantilly, membre de l'instance depuis 2011, se veut optimiste pour le golf continental dans les futurs travaux qu'il lui reste à mener.

Pierre Bechmann

Comment est née l'Association Européenne de Golf ?

L’Association Européenne de Golf (AEG) a été fondée en 1937 avec pour objectif initial de favoriser le rapprochement sportif des pays membres en coordonnant leur calendrier de championnats internationaux. C’était de faire en sorte que les Espagnols, les Français, les Allemands n’aient pas leur championnat international la même semaine. Après la guerre, nous avons commencé à faire des matchs internationaux, des quadrangulaires donc nous voyions bien que les pays européens avaient envie de jouer les uns contre les autres de façon assez organisée. En 1959, à l’initiative de Jacques Léglise et de Jean-Louis Dupont, ont été créés les Championnats d’Europe amateur par équipes messieurs et dames qui pendant 30 ans se déroulaient un an sur deux. Il y avait les Championnats d’Europe par équipes les années impaires et les Championnats du Monde amateurs par équipes les années paires. Aujourd'hui, les Championnats d'Europe ont lieu chaque année.

Quel a été votre parcours au sein de l'Association ?

La gouvernance de l’AEG part d’un principe simple : le mandat de président tourne entre quatre zones géographiques. Il y a zone Nord, la zone centre, la zone Sud et la zone Grande-Bretagne/Irlande. Georges Barbaret (ancien président de la ffgolf jusqu'en 2013 ndlr) m’a demandé d’entrer à l’AEG en disant : « Notre objectif serait que lorsque la zone sud aura la présidence, tu sois président pour le compte de la zone sud ». Donc j’ai commencé par quatre ans au Championship Commitee de 2011 à 2015 avant de rentrer au Comité Exécutif dont j'ai tenu la présidence de 2017 à 2019. J'y resterai jusqu'en 2021 en tant qu'ancien président désormais. Le successeur de la zone sud étant la zone nord, c’est mon excellent ami Haukur Birgisson, président de la Fédération Islandaise qui me succède. Nous avons tous les deux la même passion des championnats, la même volonté d’en améliorer la préparation et l’organisation.
En tant que président, vous êtes amené à voyager pour remettre les prix dans les différents championnats et matchs internationaux ce que j'ai fait à sept reprises cette année.

Quel bilan tirez-vous de votre mandature ?

Pierre Bechmann passe la main à l'Islandais Haukur Birgisson.

C'est la 45ème année consécutive où je me rends à des Championnats d’Europe et je ne vais donc pas m'arrêter en même temps que ma présidence. Je suis passionné de voir évoluer les jeunes, de les voir progresser au contact d’expériences de haut niveau comme les Championnats d'Europe car il n’est pas contestable que les leaders mondiaux européens ont été formés dans nos championnats et dans nos matchs internationaux. J’ai été très heureux de pouvoir contribuer, avec bien d’autres, au succès de nombre d’épreuves et à leur amélioration ; c'est donc extrêmement satisfaisant sur un plan personnel. J’ai par ailleurs eu la chance d’avoir un comité exécutif absolument formidable, fait de gens extraordinairement motivés, dévoués. L’AEG compte aujourd'hui 47 pays membres dont 41 ont participé à nos épreuves. C’est tout à fait exceptionnel sachant que certains pays possèdent très peu de structures golfiques. Ce qui prouve l’attrait de nos championnats et leur intérêt pour le développement des joueurs de golf.

Des grands joueurs mondiaux comme Olazabal, Garcia, Kaymer, McIlroy ou Rahm ont joué les Championnats d’Europe Boys par équipes, les Championnats d’Europe amateurs par équipes, les matchs internationaux. Plus proche de nous, Céline Boutier a été championne d’Europe individuelle, championne d’Europe par équipes avec la France en girls et en dames... Nous savons que les championnats que nous organisons sont des championnats qui aiguisent le talent, l’expérience de compétition et qui préparent très bien tous ces jeunes soit à une carrière amateur de longue durée, soit le plus souvent à une carrière professionnelle. Nous avons eu 1 700 joueurs de 41 pays, dans 22 épreuves, disputées dans 14 pays différents avec des satisfactions particulières. Je pense notamment au Danemark qui a gagné le Championnat d’Europe par équipes girls pour la première fois ou encore à la jeune Slovène Pia Babnik vainqueur du British Girls. C’est la première fois qu'une joueuse ou un joueur d'un ancien pays communiste, où il n'y avait pas de golfs il y a pratiquement 30 ans, gagne un championnat majeur en amateur !

Je retiendrai également, au cours de mon mandat, la signature d'un accord avec l’USGA et le R&A pour un système de handicap mondial (WHS) qui est un événement majeur. Mais je n’aurai pas l’outrecuidance de vous dire que c’est grâce à moi, c’est un accomplissement collectif. Cela a commencé avant que je ne sois président et cela s’est dénoué quand je l'étais, non sans difficulté... Cette signature du WHS est une étape majeure dans l'histoire du golf amateur et de l'AEG, je suis content d'avoir pu y contribuer.

La France garde solidement les valeurs du golf.

Que va apporter le World Handicap System ?

Premièrement, cela permet au golfeur de jouer au golf dans le monde entier sans qu’on mette en question son handicap quand il arrive dans un club aux États-Unis, en Australie ou au Japon. Cela vous permet aussi de jouer chez vous avec des joueurs qui viennent de l’étranger dans des conditions plus égalitaires, c’est-à-dire que votre Handicap est supposé être de même valeur que le leur puisque c’est le même système, le reflet plus juste de votre niveau de jeu. La transition va se faire très bien et assez vite à mon avis.
À l'heure actuelle, seize pays de l'AEG ont envoyé leurs accords signés. Nous avons d'une part un accord de gouvernance avec le World Handicap Authority (WHA, composé de l'USGA et du R&A ndlr). D'autre part, nous engageons contractuellement chacun de nos membres signataires qui nous laissent en charge de la coordination globale d'un point de vue technique mais aussi politique avec le WHA. Ce dernier a trouvé avantageux de n'échanger qu'avec une seule entité représentative au lieu de 47 pays qui ont chacun leurs spécificités.

Avez-vous eu d'autres chevaux de bataille lors de votre présidence ?

J’ai lancé une réflexion en profondeur sur les amateurs de haut niveau. Nous avons créé un Elite Amateur Working Group que j’ai constitué, que je préside et qui réunit neuf personnes de six pays différents avec de multiples expériences toutes pertinentes comme joueur, entraîneur ou agent de joueur... Le but est de réfléchir à la situation des amateurs de haut niveau. Cette réflexion nous a permis d'entamer des discussions avec le R&A, ce qui est une bonne chose. C’est un autre aspect de ce que j’ai personnellement lancé en étant président car je trouve extraordinairement grave que nous perdions tant de joueurs et de joueuses d’élite. Un sport qui forme des joueurs et joueuses d'élite pour les perdre ensuite n'est pas dans une situation satisfaisante.
Quand vous voyez dans les fédérations des pays européens y compris celles des Îles Britanniques, tant de gens de bonne volonté, je me dis qu’on pourrait faire mieux en ayant plus de nos joueurs d’élites impliqués dans le golf, comme joueur amateur ou professionnel, comme coach, comme dirigeant de club, comme sélectionneur, comme capitaine d’équipe etc. Je me réjouis à cet égard de la nomination de Joachim Fourquet à la tête de l'équipe boys du continent européen lors du Jacques Léglise Trophy qu'elle a remporté face à la Grande-Bretagne et l’Irlande. Joachim Fourquet est un ancien joueur de haut niveau amateur, passé par l’université américaine, qui a joué pour le continent européen en boys ainsi qu'en équipe de France.

Comment voyez-vous le golf européen dans les 45 prochaines années ?

C'est une question difficile mais je ne suis pas très inquiet. Je trouve qu'il faut continuer à éduquer les golfeurs, à préserver le golf sans le dénaturer. Ça passe aussi par les champions qui sont des vecteurs d'enthousiasme et d'amour du golf. Dans la pratique régulière, le rôle des golfs "abordables" sera déterminant à l'image de ce qu'a mis en place la ffgolf avec le Plan 100 petites structures. Enfin, je pense que le club doit être à la base de tout car ce qui compte c'est cet esprit d'équipe, de camaraderie, l'envie de partager ce sport en commun. Il faut revenir aux sources de la modestie, du respect et du partage. Les nouveaux pays golfeurs d'Europe centrale ou d'Europe de l'Est apportent une fraîcheur nouvelle et une envie de faire qui est extrêmement réconfortante. Dans ce concert-là, une nation comme la France garde solidement les valeurs du golf. Tout ça est très rassurant pour l'avenir.


Par Pierre-Francois YVES
23 décembre 2019