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Le conte de Noël de Julie Maisongrosse

Fin 2021, cinq jours avant de déballer les cadeaux sous le sapin, Julie Maisongrosse s'est offert un présent aussi inattendu qu'extraordinaire : sa carte du Ladies European Tour. Aujourd'hui âgée de 33 ans, elle s'apprête à retrouver ce circuit qu'elle avait fréquenté de 2010 à 2013.

Julie Maisongrosse
Julie Maisongrosse lors de la finale des cartes du LET, fin 2021. Tristan Jones / LET
10-13
février
MAGICAL KENYA LADIES OPEN
LIEU : Vipingo Ridge, Kenya
CIRCUIT : Ladies European Tour

C'est une histoire qui n'est pas sans rappeler celle de Jean-Baptiste Gonnet, revenu sur le Tour européen fin 2019, six ans après avoir perdu ses droits de jeu, en franchissant avec succès toutes les étapes des cartes d'accès. « Je l'avais croisé sur une alliance, d'ailleurs, juste avant qu'il ne démarre sa saison en Afrique du Sud début 2020. On en avait parlé », sourit Julie Maisongrosse. Deux ans plus tard, la trajectoire de la Perpignanaise n'est pas sans rappeler celle du Cannois : après des années à l'écart d'un circuit qu'elle avait fréquenté toute jeune, son retour au plus haut niveau européen est désormais acté. « Ce n'est pas parce qu'on sort de cet univers des circuits, des tournois, du haut niveau professionnel, que c'est impossible d'y revenir. Mais c'est vrai qu'il fallait oser ! », concède-t-elle en ponctuant sa phrase, comme bien souvent, d'un grand éclat de rire.

La meilleure carte des cartes

Petit retour en arrière : le 20 décembre, cinq jours avant les traditionnelles réjouissances de fin d'année, Julie s'offre un incroyable cadeau anticipé. En terminant 50e de la finale des cartes européennes, elle décroche le dernier sésame mis en jeu pour évoluer sur le circuit européen en 2022. Comme « JB », elle a d'abord franchi l'obstacle des pré-qualifications, jouées au resort de La Manga dans le Sud de l'Espagne (9-12 décembre), et a pris son destin en mains lors de la finale disputée au même endroit (16-20 décembre). « Ça n'a pas été facile, car j'ai eu pas mal de pression. Je n'ai pas très bien joué, sans doute en raison du côté mental qui a un peu pris le dessus. Mais je me suis accrochée », résume-t-elle.

Le dimanche, jour du cut avant le cinquième et dernier tour, elle « explose » le parcours Nord, signant un énorme 64 (-7) qui reste le meilleur score de la semaine sur l'ensemble des participantes ! « J'étais assez loin de la qualification au départ, et en rigolant je me suis dit que je devais jouer -6. Mon début de partie était un peu mou, car sur mes neuf premiers trous j'ai fait deux birdies et un bogey, mais j'ai retrouvé mon jeu par la suite. Je me sentais à l'aise, je me disais que je n'avais rien à perdre, et j'ai joué ! En remontant 41 places ce jour-là, j'ai réussi à passer et à me mettre en position d'aller chercher cette carte », conclut-elle. Le lendemain, elle ramène dans la douleur un ultime 77 (+4) qui la maintient, pour un coup et pour une place, dans ce fameux top 50... « Il y a eu des pleurs de joie, énormément d'émotions... J'aime la compétition, et après une période d'arrêt qui m'a permis de me concentrer sur mon jeu et de m'améliorer, j'avais envie de me prouver que j'étais toujours capable de jouer à ce niveau-là. Je voulais renouer avec mon passé de joueuse, donc je me suis lancée dans cette aventure pour ne pas avoir de regrets », raconte-t-elle.

De joueuse à enseignante

Maisongrosse Gaveau 2005
Lauréate de la coupe Gaveau en 2005 (Alexis Orloff / ffgolf)

Julie Maisongrosse n'a que 33 ans, mais son passé de joueuse remonte déjà à loin. Initiée par ses parents – « J'ai suivi, même si je préférais faire des cabanes dans les arbres ! » – elle prend vraiment goût au jeu par le biais de la compétition. Et les résultats ne tardent pas à suivre : le championnat de France minimes en 2004, la coupe Gaveau et le trophée Claude Roger-Cartier en 2005, des Grands Prix un peu partout dans l'Hexagone, et des sélections en équipe de France girls où elle côtoie Marion Duvernay, Anne-Lise Caudal, Valentine Derrey, Isabelle Boineau ou encore Lucie André. « J'ai vécu de très bonnes expériences qui m'ont donné envie de continuer. J'ai vu que j'étais capable d'être plus qu'amateur dans ce milieu », indique-t-elle. Fin 2009, sa réussite aux cartes européennes la pousse à passer pro, et elle attaque 2010 sur le Ladies European Tour, jouant également quelques tournois du Letas, la deuxième division européenne, organisés à l'époque un peu partout en France. En 2011 à Dinard, elle décroche sa première victoire professionnelle : « Ça reste un très beau souvenir, sachant qu'à la base je ne voulais pas le faire ! Ma mère, qui me caddeyait, m'avait un peu forcée à y aller... Je me suis vraiment régalée car le jeu était présent cette semaine-là. Évidemment, j'ai remercié ma mère de m'avoir obligée d'aller jusqu'à Dinard ! » rigole-t-elle aujourd'hui.

De 2010 à 2013, les saisons s'enchaînent sur le circuit européen, mais Julie Maisongrosse commencent déjà à penser à assurer ses arrières. « Je garde de très bons souvenirs de cette époque, des pays visités. Mais c'était compliqué pour moi : Il fallait jouer, jouer, jouer, et quand on a du mal à scorer, à passer des cuts, ça devient frustrant », se souvient-elle. « Je me suis vite rendu compte que ce n'était pas évident de gagner sa vie sur le Tour, c'est pour ça que j'ai voulu avoir un petit bagage à côté, à savoir mon monitorat. Et je ne pouvais pas faire les deux en même temps. » En 2014 et 2015, Julie se consacre a la préparation de son BPJEPS, qu'elle obtient l'année suivante. « J'ai repassé les cartes fin 2016 et j'ai obtenu une catégorie sur le Letas pour 2017. Mais en cours d'année je me suis cassé le pied, donc j'ai dû arrêter ma saison prématurément. Je me suis posé des questions, je me suis remise en question durant cette période où il y avait aussi de moins en moins de tournois pour les filles. C'est pour ça qu'avec mon diplôme en poche, je me suis tournée vers l'enseignement, en me disant que ça pourrait m'apporter quelque chose dans mon propre jeu », indique-t-elle.

« En faire le maximum pour me régaler ! »

Depuis Perpignan, Julie décroche un premier poste au golf de Pals, sur la Costa Brava de l'autre côté de la frontière espagnole où elle finit par s'installer, puis un second au pitch & putt de Gualta, à un quart d'heure de là. « J'enseigne à des amateurs normaux, de tous niveaux, et je voyage pas mal sur les golfs de la région pour faire des parcours accompagnés. En parallèle je fais un peu de compétition, des pro-ams, des alliances et quelques petits tournois pro en Espagne », raconte la double championne de France des enseignants en 2019 et 2020. « C'est sans regret, car ça m'a permis de me recentrer sur moi-même, de m'entraîner différemment, d'envisager mon golf de manière plus personnelle puisque je suis toute seule depuis quelques années, sans coach ni autre staff. Enseigner m'a donné un autre regard sur mon propre jeu : le fait de réfléchir à la façon d'aider des amateurs à progresser en sortant un peu de l'académisme, du scolaire, je l'a appliqué à moi-même. Ça m'a permis de me rendre compte de pas mal de choses que je pouvais améliorer, et aujourd'hui je pense avoir une meilleure technique et je suis évidemment plus autonome dans l'entraînement. Au final, ça a été très bénéfique. »

Carte en poche, Julie Maisongrosse a commencé à préparer son grand retour sur le LET, pour une saison qui démarrera mi-février au Kenya. Avec plusieurs enjeux : être performante bien sûr, mais avant cela de planifier au mieux un calendrier qu'elle souhaite étoffé – « Je vais essayer de jouer au maximum, sur le LET ou le Letas, car je n'ai pas passé les cartes pour faire seulement une poignée de tournois en 2022 ! » – tout en conciliant sa nouvelle carrière de joueuse professionnelle avec son métier d'enseignante : « Je vais continuer à proposer des stages sur la Costa Brava », assure-t-elle, « car c'est ça qui me fait vivre pour l'instant. Et j'ai rassuré mes clients amateurs en leur promettant que je ne les laisserai pas tomber sur les alliances et les pro-ams ! Ce que je gagnerai en tournoi viendra en plus. » Armée de sa seule détermination – sa compagne Fiona, qui va la caddeyer cette année, est l'unique membre de son « staff » – Julie n'a qu'un vœu pour 2022 : « En faire le maximum pour me régaler ! » conclut-elle dans un ultime éclat de rire.

Maisongrosse 2010
Julie Maisongrosse en 2010 (Alexis Orloff / ffgolf)

Par Alexandre MAZAS
14 janvier 2022