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Les grands champions français de jadis #5 : Firmin Cavalo

Quatrième Français à remporter son open national, en 1948 à Saint-Cloud, Firmin Cavalo fut le membre le plus éminent d'une des grandes familles de golfeurs de l'Hexagone.

Firmin Cavalo
« Fifi » Cavalo posant avec la coupe Stoïber gagnée en 1948. Extrait du livre du centenaire du golf de Saint-Cloud

Après ceux consacrés à Arnaud Massy, Louis Tellier, Marcel Dallemagne et Auguste Boyer, cet article est le cinquième volet d'une série sur les grands champions qui ont marqué les débuts de l'histoire du golf en France.

1948 : La victoire oubliée

L'Équipe du 23 juillet 1948
Extrait de L'Équipe du 23 juillet 1948

Après Arnaud Massy, Jean Gassiat et Marcel Dallemagne, Firmin Cavalo fut le quatrième Tricolore à faire graver son nom sur le coupe Stoïber récompensant le vainqueur de l'open de France. Mais contrairement à ses aînés, dont les exploits furent largement relayés dans la presse de l'époque, il ne reste de sa victoire le 22 juillet 1948 que peu de traces. Des cartes de score – 73, 69, 71 et 74 – pour un total de 287, soit un coup sous le par ; une avance de deux longueurs sur son compatriote Pierre Hausséguy, et rien d'autre ou presque. De cette édition 1948 disputée au golf de Saint-Cloud, les quotidiens nationaux n'ont en effet quasiment pas parlé : rien dans Le Figaro, rien dans Le Monde, et tout au plus un entrefilet laconique dans L'Équipe (voir ci-contre) : « La deuxième journée de l'Omnium international qui se disputait sur les links de Saint-Cloud a vu le triomphe de Fifi Cavalo, professeur à Fontainebleau. » Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Firmin Cavalo n'est pourtant pas un inconnu, mais le plus ancien open national d'Europe continental est quant à lui tombé dans un étrange anonymat médiatique. Un « oubli » dû, peut-être, à l'absence des grands champions anglais cette année-là, ou à l'ombre faite par le Tour de France cycliste... Toujours est-il qu'un an après avoir terminé troisième dans l'épreuve, « Fifi » signe aux portes de Paris la plus grande victoire de sa carrière.

Fils, neveu et père de pro

La Vie au grand air 1914
Extrait de La Vie au grand air du 6 juin 1914 (BNF)

La plus grande, oui, mais pas la seule, loin de là ! Dans le livre du centenaire du golf de Saint-Cloud, Firmin Cavalo est crédité de seize victoires professionnelles au cours d'une carrière démarrée très jeune, à la fin des années 20. Né le 5 novembre 1911 à Cannes, il est le fils de Marius Cavalo (1883-1967), pro à Étretat puis à La Boulie, premier secrétaire de l'Association des professeurs de golf de France (A.P.G.F.) à sa création en 1925, et participant régulier aux grandes compétitions hexagonales. Il est aussi le neveu de Firmin Cavalo, pro à Andaine-Bagnoles-de-l'Orne et à Évian, lui aussi un habitué des tournois professionnels français. C'est d'ailleurs en raison de cette homonymie que le jeune homme est généralement cité, dans la presse d'alors, en tant que « Fifi Cavalo » ou « Firmin Cavalo Junior ». À l'exception d'une amusante photo publiée en 1914 dans la revue La Vie au grand air (voir ci-contre), la première mention du jeune homme date de 1927, année où il participe pour la première fois à l'Omnium international, à seulement quinze ans !

Des débuts prometteurs

Marius Cavalo
Marius Cavalo, son père, en 1926 (BNF)

L'année suivante, Fifi fait ses valises pour Kinghorn, une bourgade d'Écosse située juste en face d'Édimbourg, sur la rive nord du Firth of Forth. Accompagné d'un autre jeune golfeur français, André Ghintran dit « Baby », il y passe près d'un an à travailler pour William Gibson, un fabricant de clubs. Sur les links de la mer du Nord, Fifi parfait son jeu et tente même sa chance aux qualifications de l'open britannique, où il se voit néanmoins recalé d'un 87 rédhibitoire. Il y participera, plus aguerri, en 1934 au Royal St George's (56e) puis en 1937 à Carnoustie (cut), ses deux seules apparitions dans un tournoi majeur. De retour en France, il commence à faire parler de lui par ses résultats : en 1931, il remporte à Chantilly la quatrième édition du Grand Prix de l'A.P.G.F. Ce succès, acquis à l'âge de dix-neuf ans face aux meilleurs golfeurs français, lui vaut cet éloge flatteur dans les colonnes de L'Auto : « Les débuts du jeune Cavalo nous font penser un peu à ceux du virtuose britannique Henry Cotton. Puisse-t-il suivre une carrière aussi brillante. »

Vainqueur du dernier tournoi avant la Guerre

Firmin Cavalo
Firmin Cavalo, son oncle, en 1926 (BNF)

La suite, néanmoins, n'est pas aussi brillante qu'espérée. Barré par les « ogres » nationaux que sont Dallemagne et Auguste Boyer, contraint de poser les clubs durant un an pour sacrifier aux obligations du service militaire, Fifi doit se contenter des accessits et ne confirme pas les espoirs placés en lui. Ce n'est qu'en 1939 qu'il renoue avec la victoire, lors de l'open de Suisse. Dans cet ultime tournoi disputé avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, joué pour la première fois sur quatre tours et, pour la première fois également, sur le parcours de Crans-sur-Sierre, le professeur de la Boulie s'impose avec cinq coups d'avance ! Hélas, le conflit stoppe net cette dynamique naissante, et comme tous ses confrères Cavalo se retrouve cantonné dans son club. Le golf retrouvant une certaine activité sous l'Occupation, il en profite pour remporter une deuxième fois le Grand Prix de l'A.P.G.F. en 1944, une victoire acquise à Port-Marly et partagée avec Dallemagne. Quatre ans plus tard, il triomphe donc dans l'Omnium international, un mois après la naissance de son fils Francis, qui deviendra lui aussi pro de golf.

Un professeur réputé

Du parcours de Firmin Cavalo Junior après cet open de France 1948, on ne sait enfin que de peu de choses. Son nom étant absent des palmarès français dans les années 50, on peut supposer qu'il se consacra à l'enseignement, à la Boulie puis à Fontainebleau – où certains membres actuels l'ont côtoyé – ainsi qu'au golf de Prunevelle dans le Doubs, que son oncle Marius avait dessiné en 1938, qu'il contribua à agrandir en 1961, et où il fut le professeur de la famille Peugeot. Il s'éteint enfin le 10 février 1999 à Cannes.

Gash Cavalo
Firmin, à droite, au côté de Paul Gash en 1926 (BNF)

Par Alexandre MAZAS
11 juillet 2020