À 20 ans, Martin Couvra est devenu, dimanche, le septième joueur amateur à s’imposer sur le Challenge Tour. Un succès qui change beaucoup de perspectives pour celui qui rejoindra, quoi qu’il arrive, les rangs professionnels la saison prochaine.

020_1671906720_edited.jpg
Martin Couvra est assuré de pouvoir évoluer sur le Challenge Tour l'an prochain. © Octavio Passos / Getty Images - AFP

« J’avoue, je n’ai pas dormi de la nuit, je n’ai pas réussi à fermer l’œil. » Quinze fois, vingt fois, mille fois peut-être, Martin Couvra a repassé dans sa tête la nuit dernière le film de sa journée de dimanche. Celle qui l’a vu se rapprocher de la tête du Challenge de España après un bon aller en -2, puis s’inviter parmi les lauréats potentiels avec trois birdies sur les six derniers, avant de sortir vainqueur d’un play-off à trois en mort subite, pour glaner à 20 ans sa première victoire sur le Challenge Tour. Fatalement, avec un film aussi passionnant, difficile pour le sommeil de trouver une place.

Une victoire à la force du PEC

Le n° 1 amateur français ne se voilait pourtant aucune ambition, au moment d’aborder le dernier tour parmi le groupe de chasse. Oui, il voulait et pouvait faire quelque chose de grand. Mais son esprit était essentiellement concentré vers les moyens d’y parvenir. Des moyens simples dans l’énoncé, et qu’avec son staff, il a résumé en un acronyme de trois lettres : PEC, pour "patience, engagement, calme". « C’était quelque chose qu’il fallait que je me répète assez souvent, confie-t-il. Ça a bien marché dès le début de la journée, je fais un eagle au 3. Je drivais certes un peu moins bien que les autres jours, mais le reste était vraiment très en place. »

Martin Couvra cite le trou n° 10, avec une attaque de green pas optimale, comme seul moment où la patience a bien failli lui faire défaut. Mais un coup a suffi à colmater la fuite : le solide long putt rentré pour birdie sur ce même green. Dès, lors, il livrait son meilleur golf de la semaine sur les six derniers trous, récompensés par trois birdies, au 14, au 15 et au 18. « Honnêtement, j’aurais pu faire six birdies, avoue-t-il. Je n’ai eu que des occasions franches. »

Même le play-off, face à deux joueurs expérimentés (le Nord-Irlandais Dermot McElroy et l’Italien Andrea Pavan) ne lui a pas ébranlé son PEC plus que ça. Au contraire, ses adversaires sont allés successivement à la faute, commettant à tour de rôle des bogeys permettant au Français de s’imposer en mort subite avec deux pars.

Peut-être aussi Martin Couvra a-t-il puisé des ressources dans la mésaventure vécue au mois de juin, en Espagne déjà, lors de l’Andalucia Challenge de Cadiz. Idéalement placé pour jouer la gagne avant le dernier tour, il avait conclu son tournoi par un lourd 77. « Des claques comme ça, il faut savoir les prendre de la bonne façon, admet-il. Pourtant, ça a été dur. Ça m’est arrivé un peu à toutes les échelles : sur mes premiers Grands Prix, quand j’ai été leader, je n’ai pas bien géré les derniers tours. Pareil après sur mes premiers internationaux, et pareil chez les pros, j’ai pris un énorme mur, et à la deuxième fois, j’ai réussi. Ça prouve que les choses sont bien faites. »

Changements de programme

Martin Couvra est devenu, par son triomphe lors du Challenge de España, le septième joueur amateur, seulement, à s’imposer dans l’histoire du Challenge Tour. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu'elle change les perspectives. Le voilà assuré de disposer d’une catégorie de vainqueur sur la deuxième division européenne l’an prochain (à condition de passer professionnel, ce qu’il avait, quoi qu’il arrive, résolu de faire). L’un de ses objectifs majeurs de la saison est ainsi coché, soulagement en prime.

« Je partais d’une place où c’était un peu tendu, livre-t-il. J’étais assez loin d’avoir une catégorie sur le Challenge Tour (il était 167e de la Road to Mallorca il y a une semaine, ndlr). Cette victoire est un gros soulagement. Je n’avais pas forcément la sensation d’avoir le couteau sous la gorge, car je savais que j’étais en forme, qu’on avait fait du bon travail avant les derniers tournois. Mais que ça se passe de cette manière et aussi rapidement, je ne m’y attendais pas forcément. Ce n’est que du bonheur. Maintenant, je sais ce qu’il me reste à faire sur la fin de saison, je peux avoir des objectifs revus à la hausse. C’est une victoire qui a une importance énorme dans ma carrière de golfeur. »

Car maintenant qu’il occupe la 41e place du classement général du Challenge Tour, il va faire comme tous les joueurs occupant un rang similaire : songer à une éventuelle accession au DP World Tour. Un privilège donné aux 20 premiers à l’issue de la finale, disputée à Majorque uniquement par le top 45. Ainsi, les objectifs de Martin Couvra en fin de saison vont se décomposer en plusieurs temps : conserver sa place parmi les 45 premiers lors des quatre tournois réguliers restants, ce qui lui permet de rentrer dans les tournois sans invitation (sa catégorie "vainqueur" ne peut pas s’activer tant qu’il reste amateur), pourquoi pas se rapprocher du top 20 dans le même laps de temps, et gagner définitivement sa place dans l’élite lors de la finale. Comme il le rappelle lui-même : « N’importe quel joueur qui gagne la finale est assuré de monter sur le DP World Tour. »

« Avec "Elish", on est une équipe »

020_1650617864_edited.jpg
Comme lors de ses succès en Afrique du Sud en début d'année, Martin Couvra a pu s'appuyer sur toute l'expérience d'Olivier Elissondo. © Octavio Passos / Getty Images - AFP

Si la victoire de dimanche est incontestablement celle qui a le plus gros impact immédiat, elle est loin d’être la première de l’année pour le Sudiste. Vainqueur avec son équipe de Cannes-Mougins du Trophée Gounouilhou au mois de mai, Martin Couvra avait, trois mois auparavant, glané en Afrique du Sud une triple couronne inédite pour un joueur européen, au cours des tournois amateurs les plus prestigieux disputés sur le sol de la nation arc-en-ciel. Aux antipodes comme en Espagne la semaine passée, il a pu compter sur un appui de choix : Olivier Elissondo, "Elish" de son petit nom, caddie professionnel à l’expérience fournie auprès des meilleurs joueurs français.

« On est une équipe, constate Martin Couvra. C’est un peu mon guide, il est super bon dans les moments où il faut l’être. Je suis tellement heureux de partager ça avec lui, avec toute l’expérience qu’il a, toutes les victoires et les dernières parties qu’il a. Plus on joue de parties comme ça, plus on apprend à se connaître et plus ça devient facile. Son rôle est crucial. » À tel point que le jeune joueur de 20 ans rêve surtout d’une chose : pouvoir continuer à lui confier son sac au lancement de sa carrière professionnelle. Histoire de vivre d'autres belles aventures.