À bientôt 39 ans, Benjamin Hébert lance ce jeudi en Afrique du Sud sa saison 2026 sur l’HotelPlanner Tour, un an seulement après l'avoir quitté. Une fois la déception digérée, l'objectif demeure très clair : retrouver l'élite en fin d’année !

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Trois semaines en Afrique du Sud pour démarrer la saison... © Luke Walker / Getty Images - AFP

Le périple vers Le Cap n’a pas été de tout repos pour Benjamin Hébert. Parti de Marrakech au Maroc le dimanche 1er février à 7 heures, il a posé les pieds en Afrique du Sud vingt-quatre heures plus tard. Auparavant, il a passé deux heures et demie dans un taxi jusqu’à Casablanca. Puis il est monté dans un premier avion direction Paris avant d’effectuer sa correspondance vers Le Cap en vol direct. Un véritable marathon pour à l’arrivée constater que sa valise était à… Amsterdam. Heureusement, son sac de golf, lui, n’a pas été égaré. « Et puis je prévois toujours de prendre un vêtement ou deux de rechange dans un sac cabine », souffle le Briviste, upgradé pour l’occasion en classe Premium Eco. Ouf ! 

Dans quel état d’esprit êtes-vous au moment de lancer votre saison sur l’HotelPlanner Tour 2026 ?
Je suis à fond ! Je suis motivé ! J’ai encore un peu en travers de la gorge cette saison dernière sur le Tour européen. Je n’ai pas si mal joué au golf mais j’ai été mauvais au putting. C’est le secteur qui a clairement péché. Je crois que je dois être entre la 170e et la 180e place au putting sur l’ensemble de la saison 2024-25. C’est le point majeur à notre niveau. Et quand ça ne fonctionne pas, on ne peut pas avancer. 

On imagine que c’est justement dans ce compartiment de jeu que vous avez redoublé d’effort durant l’intersaison…
Oui. Cet hiver, j’ai attaqué un travail technique avec Cyril Miranda. On avait démarré ensemble à partir du mois d’août. La question était de savoir pourquoi je n’arrive pas à rentrer les putts. Est-ce une question de dosage ? Est-ce un problème de lecture de ligne ? Je « pushais » beaucoup la balle (effet vers la droite), c’est un début d’explication. Et puis j’ai vérifié mes yeux. J’avais l’impression que je ne voyais pas très bien les pentes… Bref, on essaie de trouver une solution car le grand jeu a été correct, le chipping aussi. Si j’avais ne serait-ce que correctement putté, j’aurais conservé ma carte (Ndlr, il a fini 132e à la Race). C’est donc un peu frustrant.

Cette relégation sur l’HotePlanner Tour est-elle totalement digérée ?
Je l’avais sentie venir. J’ai connu une période creuse entre juin et octobre où je n’ai presque pas fait un cut (Ndlr, 25 tournois joués au total pour 10 cuts franchis). Je voyais bien que ça s’embarquait mal. J’ai bien joué à Crans (Omega European Masters), très bien joué au Dunhill où j’ai signé mon meilleur résultat de la saison (11e). Mais je sentais que ça ne tournait pas dans mon sens. J’ai raté énormément de cuts d’un ou deux coups. Et ça, c’est le putting. 

Pourquoi n’avez-vous pas pris le départ du premier tournoi de la saison (SDC Open) la semaine passée ?
Je ne connaissais pas ce parcours. C’est un peu perdu dans le bush. Je n’avais pas rejoué de tournoi depuis le mois d’octobre (en Inde, sur le DP World Tour). Mais j’ai pu jouer la semaine dernière la Coupe de France (Ndlr, épreuve organisée par l'agence Kalika en alliance sur quatre parcours de Marrakech). L’objectif était de se remettre en mode compétition. Et quand je m’engage, j’ai envie de bien faire. J’ai fait premier ex æquo avec Augustin Holé. Je jouais avec Guillaume Vaillant, un sponsor de la Team St Laurent. C’était la deuxième fois que je la jouais (après 2024). Cela met bien en jambes. Construire de la confiance, faire des scores bas, c’était le but. Cela a plutôt bien fonctionné puisque j'ai joué -20 sur quatre tours. 

Vous n’avez pas participé à la finale des Cartes européennes début novembre à Tarragone. Pour quelle raison ?
Quand on réussit à la finale des Cartes, c’est presque comme si on se tirait une balle dans pied. On a une demi-catégorie sur le Tour, soit une quinzaine de tournois dans l’année avec la moitié où on rentre à la clôture de l’inscription et l’autre moitié au tout dernier moment. Je ne me voyais pas faire une saison comme ça. Entre le droit d’inscription, la semaine de tournoi, et tout le reste, c’est environ 5 à 7000 euros… J’avais besoin de penser à autre chose. Je m’étais aussi préparé une dizaine de jours avant l'île Maurice pensant que je pourrais rentrer dans le champ, mais avec la Race qui passe désormais de 115 à 100 joueurs fin 2026, les gars vont plus jouer que d’habitude. Tout ça pour dire que j’avais envie de construire mon année plus calmement. J’ai une catégorie pleine sur l’HotelPlanner Tour (7). Je vais pouvoir construire mon année de la meilleure des façons.

Comment se prépare-t-on quand on ne joue pas au plus haut niveau pendant tout un trimestre ?  
Pendant un mois, je n’ai pas touché une fois les clubs. Je suis allé au Maroc, je suis allé surfer, j’ai passé du temps chez moi en Andorre… Quand la neige est arrivée, je suis allé skier. J’ai repris juste avant Maurice mais, comme je l’ai dit, je ne suis pas rentré dans le champ. J’ai reposé donc les clubs à partir du 10 décembre jusqu’au 7 ou 8 janvier, où j’ai repris en revanche très sérieusement les choses en mains. J’ai remis les bouchées doubles sur le golf. J’ai eu la chance d’être super bien accueilli par une amie à moi, dans une maison à Marrakech. Cela fait dix ans que je fais ça. Je m’entraîne tous les hivers au Maroc, j’y ai mes petites habitudes. Les deux dernières semaines ont été assez intenses. J’étais avec mon staff. Et pour faire -20 sur quatre tours à la Coupe de France, même si les parcours sont plus faciles, c’est qu’on est malgré tout plutôt dans le coup. Le jeu est là, le putting commence à revenir… Tout est au vert ! 

Avez-vous apporté des modifications au sein de votre staff technique ?
Pas beaucoup. Olivier Léglise et Harold Noël restent mes coaches techniques. Benjamin Añorga (préparateur physique) et Sébastien Vivé (ostéopathe) sont toujours là. Tout comme Alexandre d’Incau (clubmaker). En revanche, j’ai fait une petite pause côté mental. J’ai donc arrêté avec Matthieu David en milieu d’année dernière. Cyril (Miranda), c’est plus un intervenant. On fait des checks tous les mois et demi… Il est venu au Maroc une journée. On a fait quatre journées ensemble depuis le mois d’août. En ce qui concerne le caddie, je n’en ai pas pour l’instant. Je prendrai des caddies locaux en Afrique du Sud puis en Inde. Arnaud Garrigues travaille maintenant avec Jeong weon Ko.

Cela fait vingt ans que je fais ça. Et c’est parfois difficile de vivre trente semaines par an dans une valise, d’être toujours à droite et à gauche.

Auriez-vous pu tenter les Cartes du LIV Golf au tout début du mois de janvier comme l’ont fait Alexander Levy, Clément Sordet, Pierre Pineau et Julien Brun ?
Je ne suis pas quelqu’un qui regarde beaucoup de golf de façon générale mais si j’ai regardé ne serait-ce que deux heures de LIV Golf depuis que ça existe, c’est le grand maximum. Les joueurs, manifestement, reviennent (Ndlr, il fait ici allusion à Brooks Koepka et Patrick Reed qui viennent de quitter le LIV Golf). Cela peut être quelque chose de facile pour un mec comme moi qui a 38 ans (Ndlr, 39 ans le 19 février). Quand j’ai fait mon dernier tournoi en Inde en sachant que j’avais perdu la carte, j’avais vraiment besoin de faire une pause. Je n’étais pas en train de me poser la question de savoir si j’allais arrêter ou continuer, chose qui m’avait traversé l’esprit il y a deux ans quand j’étais revenu sur l’HotelPlanner Tour. Là, j’ai toujours l’envie et la motivation. J’ai la chance d’avoir toujours auprès de moi mes sponsors (St Laurent Golf Team, Fassi France, Inpetra, Lacoste, Titleist, Wilson, Nike). Malgré les hauts et les bas depuis quatre, cinq ans, je sens que je suis soutenu, que j’ai un staff qui croit toujours en moi. En milieu d’année, je sentais que je n’étais pas forcément heureux d’être là. On n’est pas si loin mais ça ne va pas en fait. Et c’est hyper frustrant. Il y a trois ans, je sentais que mon niveau de jeu n’était pas au point. Là, en 2025, j’ai retrouvé un grand jeu consistant sans pour autant scorer parce que je n’arrivais à rentrer un putt. 

Jusqu’à quand vous voyez-vous jouer au golf au plus haut niveau ?  
Ce qui me pèse le plus, ce n’est pas l’entraînement, la compétition, le jeu de golf en lui-même… Ce sont les voyages. Cela fait vingt ans que je fais ça. Et c’est parfois difficile de vivre trente semaines par an dans une valise, d’être toujours à droite et à gauche. Sans parler de la gestion du calendrier. Est-ce que je joue ce tournoi ou pas ? Les voitures de location, les billets d’avions, les hôtels… J’aime bien le faire moi-même, même si je pourrais très bien déléguer tout ça à Max (Ndlr, Maxime Demory, son manager). Aujourd’hui, c’est tellement facile de se réserver un hôtel ou un avion que je peux le faire aussi. Mais pour répondre à la question, je dirais que je n’ai pas de limite. L’âge, ce n’est qu’un chiffre. Ceci dit, si fin 2027, je suis encore sur l’HotelPlanner Tour, il sera peut-être temps pour moi de dire au revoir. Mais si je fais une belle saison en 2026 et que je remonte… On ne sait jamais. Et puis on a quand même des émotions assez fortes sur le Tour. On est drivé par un objectif, quelque chose qui vous tient. Si demain ça s’arrête, on ne sait pas. C’est aussi la raison pour laquelle tu as des fois des sportifs qui tombent dans le jeu, dans l’alcool, dans la drogue, etc. Parce qu’ils iront chercher toute cette adrénaline que tu ressens durant toute ta carrière. Tu peux être en manque. Pour l’instant, je ne me pose pas la question. Je n’ai pas de deadline. Sauf si, comme je l’ai dit, je me retrouve dans le ventre mou de l’HotelPlanner dans deux ans. Ou alors faire une pause pendant deux ans et si ça me manque, revenir. L’exemple de Julien Quesne est ici remarquable d’abnégation.

L’Inde ? C’est oui pour l’instant...

L’objectif en 2026, c’est par conséquent un retour sur le DP World Tour en 2027 ?
Complètement. Avoir un objectif clair, c’est ce qui m’a d’ailleurs un peu manqué l’an passé. Quand tu es sur l’HotelPlanner Tour, l’objectif est de monter. Là, quand tu arrives sur le Tour, tu as toujours l’objectif de garder la carte, peut-être de gagner un tournoi… Mais je n’ai pas réussi à identifier cela en 2025 et, du coup, c’est pour ça que j’étais un peu dans le vague. Ce fut mon erreur. 

Quel va être votre calendrier pour les prochaines semaines, les prochains mois ?
Après Le Cap, un parcours que je connais puisque que j’étais en tête après deux tours (en 2024) avant de connaître un week-end plus difficile, je jouerai le tournoi à Fancourt (NTT Data Pro-Am), un événement en alliance sur trois parcours. Et je finirai à Durban. Après un break de deux semaines, il y aura l’Inde (du 12 au 22 mars). Pour l’instant, j’y vais. Si je fais un bon début de saison en Afrique du Sud, je ferai peut-être l’impasse. L’Inde, c’est toujours délicat… C’est une destination compliquée. La nourriture, pas la même culture, pas le même rythme de vie qu’en Europe… Il y aura ensuite les deux tournois aux Émirats arabes unis (du 16 au 26 avril). Je ne sais pas combien de tournois je vais jouer dans la saison. La vraie décision, ce sera quand on reviendra en Europe (Ndlr, à partir du 7 mai) et que tu as quinze tournois d’affilée à gérer. Il faut alors choisir les semaines off. Tout dépendra des résultats. Je me pencherai très certainement sur ce sujet après l’Inde. J’aurais alors cinq tournois dans les jambes, avec une idée un peu plus claire sur mon classement.