Engagé cette semaine dans le dernier tournoi de l’année civile du DP World Tour, Julien Quesne conserve la flamme, fort de son récent succès aux Internationaux de France professionnels de double avec Matthieu Pavon. À 43 ans, et malgré cinq années de pépins physiques.

Julien Quesne et Matthieu Pavon ont fait la paire la semaine passée à la Réunion. © Romain Muraille / ffgolf

Dans la foulée de sa victoire à la Réunion, Julien Quesne est ce jeudi au départ de l'AfrAsia Bank Mauritius Open. Il bénéficie d'une invitation, reçue par l'entremise de… Matthieu Pavon, compagnon de succès au golf de Bourbon la semaine passée ! Une véritable bouffée d'oxygène pour le Manceau, installé depuis de longues années maintenant en région bordelaise. « Jouer au soleil en hiver, c'est le top, souffle-t-il. Jouer deux semaines d'affilée, c'est bien pour moi car je manque de jeu. Je manque d'entraînement aussi. Dès que j'arrive à cumuler les jours d'entraînement et les tournois, je joue de mieux en mieux. Je suis très content. Enchaîner comme ça deux tournois, j'ai dû le faire une fois ou deux ces derniers temps. Il faut dire que ces dernières années, ça a été très compliqué. »

Le 4 janvier dernier, Julien Quesne a ainsi été opéré d'une arthrodèse. L'intervention a consisté à souder le sacrum avec la première vertèbre (L5, S1). Le mal – dont a souffert en son temps Tiger Woods – était profond puisque le disque entre les deux vertèbres avait totalement disparu. Il a fallu un prélèvement de greffon osseux depuis sa hanche, que les chirurgiens ont ensuite placé entre ces deux mêmes vertèbres. Selon le joueur, la douleur a réellement disparu depuis la fin du mois d'août.

Les mains vides

Est-ce donc la fin d'un calvaire long de cinq années ? Julien Quesne, deux fois victorieux sur le Tour européen (la dernière fois en 2013 à l'Open d'Italie), veut y croire alors qu'il ne possède plus aucun droit de jeu, ni sur le DP World Tour, ni sur le Challenge Tour. « À part une catégorie française, je n'ai plus rien, confirme-t-il. Je vais être dépendant des invitations que je pourrai récupérer. Le but est de me remettre en forme golfiquement, et d'enchaîner les tournois pour essayer de faire une performance à chaque fois… »

Cela commence dès ce jeudi sur le tout nouveau parcours de La Réserve Golf Links, dessiné par Louis Oosthuizen et Peter Matkovich. Un tracé tout sauf simple, en descente permanente depuis le tee du 1 jusqu'au green du 18. Un véritable test, bien plus ardu que celui du golf de Bourbon à La Réunion il y a quelques jours seulement. « J'ai envie d'arriver dans les meilleures dispositions, souligne-t-il doucement. Et faire de mon mieux… Je sais qu'à l'entraînement, j'ai un très bon niveau de jeu. Là, en tournoi, avec la carte dans la poche, les mains qui tremblent, j'ai plus de mal à gérer car je n'enchaîne pas assez les tours, je n'ai pas assez d'entraînement. Pas assez de volume dans les pieds… »

Je sais que c'est très compliqué, avec une famille à côté, avec un deuxième travail à assurer… Mais je veux toujours y croire !

« Je ressens énormément de stress, poursuit-il. Cette année, j'ai dû jouer cinq à six tournois… Je ne sais plus en fait… Je n'ai pas beaucoup de cartouches. Je dépends des invitations, et celles-ci arrivent au dernier moment. Je me mets une pression de dingue. J'ai envie de performer car je veux montrer aux promoteurs, mais aussi au Tour européen et au Challenge Tour, que je mérite d'avoir des invitations. J'ai envie de retrouver mon niveau de joueur de golf… » Pour y parvenir, Julien Quesne est en train de constituer une nouvelle équipe autour lui, l'objectif étant, comme il l'affirme, de pouvoir « à nouveau gagner ma vie avec mon métier, ma passion ».

Pour subsister, il enseigne en Belgique, au golf d'Hulencourt, du côté de Waterloo ; coache un jeune joueur pro, Aubin Lacaze, qui évolue sur le Pro Golf Tour ; et doit gérer également d'autres demandes de futurs talents. « Il faut que j'arrive à trouver une organisation qui me permette de revenir à mon meilleur niveau, prévient-il. Ce défi, ça fait cinq ans que je me le suis lancé. J'ai été très embêté avec mon dos, et là c'est la première fois depuis fin août que j'arrive à m'entraîner sans douleur. Je sais que c'est très compliqué, avec une famille à côté, avec un deuxième travail à assurer… Mais je veux toujours y croire ! »

« Je suis persuadé que j'ai encore ma place »

L'exemple de Matteo Manassero, que beaucoup voyaient perdu pour le golf de haut niveau, est là pour prouver que rien n'est jamais perdu dans ce sport. L'Italien, désormais âgé de 30 ans, vient ainsi de récupérer un droit de jeu sur le Tour européen, après cinq saisons passées sur des divisions inférieures… « C'est une histoire différente de celle que je traverse en ce moment, tempère Julien Quesne. Lui, il a eu des espèces de yips, il ne démarrait plus un swing. Moi, j'ai perdu la carte car j'ai été blessé au poignet et au dos, sans cela, je ne pense pas que je l'aurais perdue. Lui, c'était plus dans la tête. »

 

Et celui qui s'apprête à participer à son premier tournoi du DP World Tour depuis l'Open d'Italie 2022 de conclure : « Je ne sais pas si ce que je suis en train de vivre m'a renforcé. Ce que je sais, c'est que ça m'a surtout beaucoup détruit. Psychologiquement, c'était très dur. Il y avait la douleur physique, mais aussi la douleur psychologique. Ne pas savoir si on va pouvoir rejouer au golf, jouer blessé, ne plus pouvoir s'entraîner, ne plus avoir de catégorie, passer du Tour européen à plus rien du tout, c'est très compliqué. Quémander des invitations, pour l'estime de soi, pour l'ego, c'est dur. Mais cela fait partie des choses à vivre. Il y a des hauts et des bas dans une carrière de sportif. Dans ma situation, énormément de joueurs auraient baissé les bras. Moi, j'aime la compétition, j'aime le jeu et je suis persuadé que j'ai encore ma place. Donc, je vais me donner les moyens pour. C'est ce qui me fait lever le matin ! »