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David Ames : « Confinement et putting, ça marche »

Le constat est simple, le seul secteur de jeu sur lequel tous les golfeurs de haut niveau ont travaillé pendant le confinement, c’est le putting. Mais maintenant que le travail a été fait, comment être performant dès le retour sur les greens ? Réponse avec le spécialiste britannique du putting, David Ames.

David Ames en plein travail sur le tempo avec Hugo Archer en avril 2019. William Lecoq / ffgolf

Tout le monde n’était pas logé à la même enseigne en ce qui concerne la pratique du swing pendant le confinement. Mais pour le putting c’était différent. Un tapis, un couloir, une partie du salon, une balle et un putter, voilà l’équipement parfait pour garder le rythme, progresser et même faire des ajustements techniques.

Chez les joueurs de haut niveau comme Pauline Roussin-Bouchard, David Ames est intervenu pendant cette période avec l’aide de la technologie. L’expert anglais du putting raconte son expérience. Il décrypte pour nous les aspects positifs du travail à la maison et comment capitaliser sur les séances pour revenir au top dès le retour des putts sous pression.

Comment avez-vous donné vos leçons pendant le confinement ?

David Ames : « On peut dire un grand merci au progrès technique ! Les leçons en vidéo a distance ont rendus la chose assez simple finalement. Je n’ai travaillé qu’avec des joueurs que j’avais déjà vu auparavant, par conséquent c’est plutôt facile de poursuivre le travail en cours. Ça aurait été plus dur avec des nouveaux élèves bien sûr.

On a surtout bossé sur les basiques, la posture, le grip. Parfois on a abordé de nouveaux exercices, de nouveaux points et j’ai pu faire des démos grâce à la visio. Avec le recul c’était assez simple vu que j’ai travaillé avec des élèves dont je connaissais les caractéristiques et je connaissais aussi les points sur lesquels ils avaient envie d’avancer. J’ai également toutes les données sur eux qui nous permettent de suivre avec une grande attention et précision leur travail sur le putting.

De manière général si on travail de nos jours sans la vidéo c’est un peu hors du temps. Filmer les élèves de face, de profil, d’en haut et utiliser les outils technologiques à notre disposition change la donne. On gagne en précision et on se rapproche de plus en plus de la perfection en utilisant toutes ces données. Il se trouve que le confinement s’y est plutôt bien prêté et je suis certains que pour tous leur niveau de putting est monté d’un cran. »

Pas trop compliqué de ne pas pouvoir intervenir en touchant les mains, le grip, les épaules de vos joueurs ?

D. A. : « Dans certains cas j’aurais aimé pouvoir toucher, ajuster et corriger certaines choses notamment des points très techniques mais les joueurs et joueuses avec qui je travaille ont une connaissance poussée du golf ce qui facilite le tout. L’avantage non négligeable du travail en intérieur c’est la possibilité de tout contrôler et de se mettre dans de parfaites conditions pour rendre le travail optimal.

Avec Pauline Roussin-Bouchard par exemple c’est toujours des séances très efficaces. Son physique a changé durant ces douze derniers mois mais elle est capable de s’adapter avec une bonne démonstration et les bons exercices. Pour aller encore plus loin le sens du toucher aurait pu nous aider mais on a pris le temps de se parler, de montrer et d’échanger un maximum sur le ressenti et les sensations durant les séances. »

Il y a beaucoup de choses à bosser en étant chez soi. La vitesse, le dosage, le rythme, la posture, le grip, tous ces points très importants peuvent être travaillés avec simplicité et avec très peu d’accessoire.

Comment travailler efficacement sans pouvoir se rendre sur vrai green ?

D. A. : « Il faut tenter de reproduire des situations de jeu même si on ne peut pas jouer sur les pentes et la vitesse puisque dans un salon par exemple ce sera toujours les mêmes conditions. On applique des exercices simples en créant une porte avec des objets pour travailler sur la sortie de balle. Le dosage aussi est assez simple à travailler avec des lignes à viser. N’importe qu’elle personne peut se mettre face à un mur et tenter de rapprocher la balle le plus proche possible de ce mur sans le toucher. C’est simple mais toujours utile et bon pour le travail du dosage.

Il y a beaucoup de choses à faire en étant chez soi. La vitesse, le dosage, le rythme, la posture, le grip, tous ces points très importants peuvent être travaillés avec simplicité et avec très peu d’accessoire. Il faut juste un peu de patience et de sérieux. Ce sont en plus des choses que l’on doit appliquer lorsqu’on peut retourner sur un véritable green alors autant s’entraîner chez soi pour gagner du temps. »

Y a t-il un risque de perdre son niveau de putting pendant de longues périodes d’arrêt comme celle que nous venons de vivre ?

D. A. : « Il y a un risque de perdre un peu la capacité à gérer la vitesse. C’est le travail qu’il faut reprendre en sortie de confinement. Pour éviter de perdre ce rythme il faut pratiquer et même confiné une séance de 15 minutes par jour aura certainement été bénéfique. Pour moi le plus important pour ne pas perdre ou régresser c’est d’organiser sa séance et ne pas juste putter dans le vide sans aucun objectif. »

Ce travail en intérieur sur un tapis et sans les conditions du jeu est-il vraiment efficace ?

D. A. : « Oui bien sûr ! Après avoir discuté avec beaucoup de mes joueurs, on s’est rendu compte que ces types de séances en vidéo sont bien plus utiles qu’on le pensait. Cela prouve donc que ce travail, même à distance, est très bon peu importe le niveau du golfeur.

Lorsqu’on parle de joueurs et joueuses de très bon niveau, on peut s’appuyer sur leurs qualités pour progresser et ne pas être obliger de se déplacer. Pour ma part cela peut me permettre d’éviter des voyages en France qui demandent une grosse organisation. De plus lorsque certaines joueuses comme Pauline par exemple seront aux Etats-Unis et qu’elles souhaiteront ajuster quelques réglages, un simple appel vidéo pour 30 minutes de coaching pourra corriger et rassurer les golfeuses. C’est un système et une manière de coacher qui risque de s’installer dans le temps. »

Mon travail sur mon putting a été bon pendant le confinement, que dois-je faire pour être à 100% dès mon retour en compétition ?

D. A. : « La première chose serait de faire un gros boulot sur le contrôle de la vitesse. Utiliser une seule balle en visant un tee sur le green à 10 mètres, pas forcément viser un trou. Ensuite retourner sur un travail de putts courts en écoutant tomber la balle. Certains vont sûrement perdre un peu cette sensation de voir la balle tomber dans le trou. Il y a différents points d’entrée donc il faut rester sur des choses simples et entendre à nouveaux ce bruit si satisfaisant.

Le but est de reprendre confiance et de s’appuyer sur des basiques qui permettent de scorer et de rentrer des putts. Inutile de se prendre la tête avec des putts très longs et des pentes dans tous les sens. La simplicité et la répétition seront la clé lorsque les grosses échéances arriveront et la pression qui va avec. »


Par Romain MURAILLE
27 juin 2020