Sur le toit de l'Europe

Retour sur les victoires des équipes de France aux Championnats d'Europe par équipes au cours de la dernière décennie.

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Euro Dames 2015 : La passe de deux… même sans la numéro 1

Tenante du titre après sa victoire en 2014, l’équipe de France réalisait cette année-là le doublé sur le parcours danois de Helsingor. Tout cela dans la première année du nouveau coach Édouard Bréchignac et en ayant dû faire sans Céline Boutier, sa joueuse numéro 1. Bref, une démonstration d’esprit d’équipe.

Tant d’équipes, dans l’histoire du sport en général, ont perdu leur atout majeur sur blessure, suspension ou autre aléa du genre. En 2015, l’équipe de France dames, tenant du titre au moment de disputer son championnat d'Europe, a inauguré une nouvelle formule : perdre sa joueuse n°1 sur une victoire. En effet, avec son sacre au Women’s Amateur Championship quelques semaines auparavant, Céline Boutier, passée n°1 mondiale amateur en début de saison, avait gagné une invitation pour jouer son premier US Open.

Et même si l’intéressée elle-même a eu quelques pincements au cœur de ne pas pouvoir disputer son dernier championnat d’Europe par équipes avec ses copines, son choix d’aller défendre ses chances outre-Atlantique a paru naturel à tout le monde. Inès Lescudier, qui avait caddeyé Boutier lors de sa victoire au British, relativise avec le recul : « On n’était clairement pas là pour faire de la figuration, mais du coup, sur le papier, on n’était plus les meilleures. Et je pense que ça nous a servi. »

Même son de cloche du côté de Shannon Aubert, qui formait avec Céline Boutier une paire de foursome invicible (et d’ailleurs invaincue) en 2014 : « On se disait que faire le doublé allait être quelque chose de difficile. Du coup, ça nous donnait encore plus envie de le faire. »

Ainsi se présente une équipe de France sans sa meilleure joueuse, et avec un nouveau coach à sa tête : Édouard Bréchignac, successeur d’une Karine Mathiot qui avait glané le titre européen l’année précédente, avant de passer la main. « Avec le fait que la France était tenante du titre, certains m’avaient bien fait sentir la pression du résultat, confie-t-il. Mais j’étais quand même assez confiant. J’avais déjà eu toutes les filles chez les Girls. » Dans la continuité de l’édition précédente, Patricia Meunier-Lebouc est présente, cette fois en tant que capitaine.

De l’équipe victorieuse de 2014 subsistent également, pour ce qui est des joueuses, Shannon Aubert et Justine Dreher. Mathilda Cappeliez et Marion Veysseyre débarquent elles aussi avec un titre européen en poche : celui conquis avec les Girls, également en 2014, dans une équipe coachée par… Édouard Bréchignac, donc. Manon Gidali et Inès Lescudier, qui faisaient quant à elles partie de l’équipe de France dames aux Europe en 2013, complètent le sextuor. Cette dernière allait d’ailleurs faire sentir à un continent tout entier son envie de gagner enfin une médaille en équipe de France… mais n’allons pas trop vite.

Une qualif qui roule, un quart qui fuse

Auparavant, l’équipe de France se devait de faire le boulot du mieux possible en qualifications. « La phase de stroke play a beaucoup joué pour nous permettre de prendre confiance, éclaire Édouard Bréchignac. On dit souvent qu’un championnat d’Europe par équipes, c’est surtout un tournoi de match play. Mais la qualification est toujours très importante. »

Au cours de cette première phase, Shannon Aubert se charge de mener le camion bleu, avec deux cartes de 69 (-2) et 70 (-1), et une cinquième place de l’officieux classement individuel. Justine Dreher poste quant à elle un joli 68 (-3) lors de la deuxième journée, où Mathilda Cappeliez, en légère difficulté la veille, se reprend avec un bon 71 (par). Avec un total de +6, la France se classe troisième de la qualification, et s’offre un quart de finale contre l’Allemagne.

Ce dernier se conclut par une facile victoire des Françaises, 6 à 1. « On avait un secret : la récupération, livre Édouard Bréchignac. On avait tout axé là-dessus pendant cette semaine, en prenant ce temps-là sur l’entretien purement golfique. Pour ça, on avait un très bon spa. On y croisait parfois le coach allemand… il était tout seul. »

Le coach Édouard Bréchignac n'a pas hésité à changer de stratégie en cours de tournoi.

Autre chantier pour les Bleues, avant de défier l’armada espagnole en demi-finale : les foursomes. Malgré deux victoires 4&3 face aux Allemandes, Édouard Bréchignac n’était pas convaincu. « J’avais testé des paires basées sur les envies des joueuses. Mais ça ne marchait pas très bien », explique l’entraîneur français.

Justine Dreher et Shannon Aubert d’un côté, Manon Gidali et Mathilda Cappeliez de l’autre sont les deux nouvelles paires issues d’une recomposition qui, en creux et avec le recul, constitue une décision de coaching qui a, incontestablement, mis les Bleues sur la voie du deuxième titre.

Lescudier piquée au vif

En effet, Inès Lescudier, associée à Justine Dreher la veille, reste sur le banc dans la matinée, pendant que ses partenaires font match nul sur les doubles avec les Espagnoles. Le midi, entre les foursomes et les simples, le coach français met à l’épreuve sa motivation. « Je n’avais pas très bien joué lors des qualifs, mais j’ai toujours été une bonne joueuse de match play, souligne la Marseillaise. Et à ce moment-là, Édouard m’a renouvelé sa confiance en me mettant en dernière joueuse. »

Ayant dans les mains le point décisif après les victoires plutôt expéditives de Shannon Aubert (6&4) et Justine Dreher (3&1), Inès Lescudier se montre exacte au rendez-vous, en s’imposant 2&1 pour envoyer les Françaises en finale. Attendez une seconde… Coach ? Dire à une joueuse qu’on n’est pas sûr qu’elle joue pour la mettre finalement en dernière position ? « C’était totalement une technique de coaching, pour la tester et la motiver, reconnaît Édouard Bréchignac. J’avais gardé Inès en arme secrète, pour jouer sur sa fraîcheur physique. Ça a très bien marché (rires), j’étais hyper fier d’elle. »

« Je n’ai jamais autant pleuré de ma vie », Inès Lescudier, après la victoire.

L’équipe de France a trouvé des paires de foursome qui fonctionnent, une joueuse solide et motivée comme jamais en dernière position, deux joueuses (Shannon Aubert et Justine Dreher) invaincues en simple jusque-là, et surtout une belle cohésion d’équipe. « On se sentait bien ensemble, confirme Shannon Aubert. Il n’y avait pas deux ou trois filles d’un côté et les autres de l’autre. On faisait tout ensemble. Ce n’était pas seulement un tournoi de golf. »

Reste pourtant un obstacle de taille sur la route du doublé : la montagne suisse. Et dès le premier foursome, les sœurs Metraux, Kim et Morgane, donnent le ton en dominant Shannon Aubert et Justine Freher, 2 up. Mais dans le deuxième match, alors que les Bleues sont 1 down sur le green du 18, Mathilda Cappeliez rentre un putt de 10 m pour prolonger le match. Un peu sonnées, les Helvètes craquent au 20e.

L’après-midi s’engage difficilement, avec la défaite de Shannon Aubert dans le premier match. Dans le deuxième, Justine Dreher s’arrache 19 trous durant pour venir à bout de l’excellente Albane Valenzuela. La défaite in extremis de Manon Gidali est sitôt gommée par une Mathilda Cappeliez qui n’a visiblement pas encore retouché terre depuis sa ficelle du matin, et plante un solide 7&6. C’est une habitude autant sportive que diplomatique : France et Suisse se neutralisent. Enfin ça, c’était avant Inès Lescudier.

Un putt de cinq mètres au 17 pour garder un trou d’avance alors que Kim Metraux avant planté le drapeau ? Trivial. Un autre de huit mètres au 18, après une mise en jeu lâchée et un recentrage, et ce alors que l’adversaire est en position de birdie et donc d’arracher la prolongation ? Dedans. Finalement, la Suissesse tremble la première. Putt loupé. Championnat terminé. France titrée. Doublé.

8Le nombre de titres européens de l'équipe de France dames dans son histoire.

« Je n’ai jamais autant pleuré de ma vie, je n’arrivais pas à m’arrêter, se souvient Inès Lescudier. Au 18, je ne sais pas comment j’ai fait le par… mais je l’ai fait. Ça reste le plus beau moment de golf de toute ma vie. »

Après ce nouveau titre continental de l’histoire de l’équipe de France dames, évidemment, les six protagonistes ont, chacune, suivi leur propre trajectoire. Mais le souvenir n’est pas près de s’effacer. « Il y a quelques mois, je me suis retrouvée dans un avion avec quelques filles, narre Inès Lescudier. On a passé une heure et demie à regarder les photos. »

Les six joueuses de l'équipe de France, réunies autour du trophée.

Par William LECOQ
10 juillet 2020