Sur le toit de l'Europe

Retour sur les victoires des équipes de France aux Championnats d'Europe par équipes au cours de la dernière décennie.

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Euro Girls 2010 / 2011 : un épatant doublé

Sous la houlette d’Édouard Bréchignac les Girls signaient en 2010 et en 2011 un doublé historique. D’abord parce que 2010 fut la première victoire du collectif Girls aux Championnats d’Europe mais surtout parce qu’en 2011 elles ont su remettre ça.

C’est un titre qui manquait au palmarès de l’équipe de France Girls mais en 2010 une nouvelle page du golf tricolore s’est écrite. Pour la dernière édition du tournoi, avec quatre joueuses seulement pour constituer les équipes, Céline Boutier, Manon Gidali, Alexandra Bonetti et Léa Charpier avaient marqué le coup.

Bien encadrées par la capitaine Stéphanie Derrey, elles l’avaient emporté face aux Irlandaises après une compétition maîtrisée de bout en bout. Un exploit de taille pour cette équipe de France Girls qui cochait alors pour la première fois la case d’une victoire made in France sur cette épreuve des Championnats d’Europe par équipes.

Et comme si ce n’était pas suffisant, l’année suivante, l’histoire s’était répétée. Cette fois-ci face à une redoutable équipe Anglaise, les filles de l’Hexagone, Céline Boutier, Manon Gidali, Perrine Delacour, Laure Castelain, Shannon Aubert et Émilie Alonso soulevaient à nouveau le trophée pour un coup double mémorable.

2010, le triomphe des copines

La joie immense sur la plus haute marche du podium en 2010. Crédit / EGA

Au Danemark, sur le tracé d’Aalborg, la France arrivait avec une équipe forte. Une équipe constituée de quatre amies, quatre filles complices, très motivées et surtout conscientes de leurs qualités. Parmi elles se trouvait Manon Gidali, aujourd’hui joueuse professionnelle, elle se souvient d’une atmosphère de conquérante au sein du groupe comme l’une des clés de la victoire : « Il y avait une superbe ambiance dans cette équipe. On se connaissait toutes très bien et les coachs étaient plutôt cool avec nous. Représenter l’équipe de France c’était un vrai plaisir et un honneur et on y allait vraiment pour gagner. On avait les crocs ! Avec le recul je trouve qu’en Europe on faisait partie des meilleures nations et on se devait de montrer ce qu’on valait. »

Un rang et une réputation qui s’était vue dès l’entame du tournoi avec une qualification remportée haut la main sur le score de -3 total, sept coups devant les Irlandaises. Céline Boutier, déjà à l’époque, avait montré son talent en portant l’équipe de France. Elle s’était d’ailleurs imposée en individuel à -5 total, devant les sœurs Maguire, deux redoutable joueuses Irlandaises, craintes de toutes.

« Les filles avaient pris en conscience que c’était possible. Le fait de gagner la qualif’ avec un peu d’avance avait vraiment été le déclencheur. On avait tout simplement gagné en confiance, analyse le coach des Bleues, Édouard Bréchignac. »

Pour le premier couperet en match play, la France affrontait la Finlande, une autre nation forte lors de ces championnats. Ce quart de finale n’avaient d’ailleurs pas très bien commencé. Les Françaises avaient perdu les deux doubles mais heureusement les simples avaient tourné en leur faveur.

Trois points en simple suffisaient alors pour passer au tour suivant malgré un désamour plutôt inédit pour l’une des joueuses françaises, Stéphanie Derrey s’en souvient : « Céline était déjà très forte et très régulière. Elle était impressionnante pour les autres joueuses mais elle détestait le match play. Du coup avec Édouard on lui avait dit de ne surtout pas s’occuper de son adversaire. Il fallait qu’elle joue ses matchs comme un stroke play et ça a fonctionné. Elle jouait le feu sur cette semaine et je pense que personne ne pouvait la battre mais c’était assez incroyable de ne pas aimer le match play et de devoir en jouer plusieurs tout au long du tournoi. »

« Céline n’aimait pas l’adversité, on avait eu des matchs très accrochés contre la Finlande et ça n’avait pas été très fair-play. Du coup ça nous avait un peu réveillé et mis en mode guerrier pour la suite ! Après le quart on était remonté et prêt à affronter la Suède et même la favorite équipe d’Irlande, se souvient Édouard Bréchignac. »

En demi-finale la France se retrouvait face aux Suédoises et cette fois-ci elle entamait les simples sur le score de 1 partout au terme des doubles. Céline Boutier et Manon Gidali faisaient la différence sur leurs duels pour se hisser à l’étape suivante. Jusqu’ici le parcours était sans faute et l’énergie positive émanait de cette équipe : « On avait un cri de guerre instauré par Stéphanie et ça nous faisait bien rire, raconte Manon Gidali. J’avais adoré avoir Stéphanie en tant que capitaine car elle était toujours à fond derrière nous, elle nous poussait dans nos retranchement. Je me sentais assez en confiance et puis “Bout Bout“ (nldr Céline Boutier) jouait déjà super bien donc avait rien à craindre. »

La finale tant attendue se présentait alors aux Tricolores. Face à elles, l’Irlande, deuxième de la qualif’ et surtout très compétitive avec dans son groupe Leona Maguire et Lisa Maguire. Exemplaire au premier double, l’Irlande prenait les devants. La France réagissait en remportant le second 5&4. C’était donc les simples qui allaient faire la décision.

Céline Boutier, impériale sur ce tournoi s’imposait 3&2 face à Lisa Maguire mais Manon Gidali s’inclinait de justesse dans le match suivant. Tout reposait alors sur les épaules d’Alexandra Bonetti. Solide sur tout son match, la rencontre était indécise mais c’est finalement sur le score de 1up qu’Alexandra l’emportait : « Pour la petite histoire Alexandra avait fait une remontée de maboule dans le dernier simple. J’en ai des frissons quand j’y repense. Les filles étaient hyper préparées et battre les sœurs Maguire c’était un véritable exploit à l’époque, se remémore Stéphanie Derrey. Entendre la marseillaise est un sentiment était assez dingue. Je me sentais privilégiée et surtout quelle chance d'avoir partagé ça avec cette génération exceptionnelle qui joue aujourd’hui sur les grands circuits. »

On y avait vachement cru, on avait le sentiment que c’était pour nous cette année. L’Irlande s’était un peu faite prendre sur la niaque et sur l’envie.

Édouard Bréchignac, coach et sélectionneur de l’équipe en 2010.

Le chiffre du tournoi

1L’histoire retiendra ce numéro comme fil conducteur de ce tournoi. En 2010, la France terminait première de la qualification, Céline Boutier terminait première en individuel et les Bleues décrochaient le tout premier titre de Championnes d’Europe par équipes Girls.

2011, coup double pour la France

Autre année, autre configuration mais même résultat. Avec pour la première fois six joueuses dans chacun des groupes, la France se présentait sur le parcours d’Is Molas, en Sardaigne, avec un titre à défendre et des ambitions claires.

« C’était ma deuxième année en tant que capitaine, on était tenante du titre donc on avait un peu la pression, raconte Stéphanie Derrey. On était remontée à bloc, on venait clairement jouer la gagne. Il y avait une vraie intention, un esprit collectif puissant et l’apport des nouvelles joueuses en plus de mon expérience et de celle de Céline c’était juste idéal, complète Manon Gidali. »

En effet, de l’année précédente au Danemark il ne restait que Céline Boutier et Manon Gidali. Mais la France avait vu ses rangs renforcés par Perrine Delacour, Shannon Aubert, Laure Castelain et Émilie Alonso.

Comme en 2010, les Tricolores avaient lancé leur tournoi proprement. Au terme de la qualification elles terminaient troisième, à treize coups des Anglaises. Les joueuses d’Outre-manche étaient d’ailleurs les filles à battre. Parmi elles Georgia Hall, Bronte Law ou encore les sœurs Taylor. En quelques mots, du très très lourd.

En quart de finale les Bleues se débarrassaient assez facilement de la Belgique sur le score total de 5&2. Se présentait alors l’équipe d’Espagne pour un duel entre les deuxièmes et les troisièmes de la qualification pour une demi-finale accrochée.Une fois de plus c’est sur le dernier match qu’allait se jouer la rencontre.

Opposée à Clara Baena, Perrine Delacour répondait présente en s’imposant 2&1 pour passer en finale. Une belle victoire pour son retour dans le groupe : « L’équipe était montée en puissance. On a moins dominé qu’en 2010 mais on avait profité de notre expérience. Céline avait bien joué et les deux plus jeunes, Perrine et Shannon, avaient été impressionnantes. C’était une équipe très complémentaire, explique Stéphanie Derrey. »

La finale tant espérée pouvait donc avoir lieu. Face à l’Angleterre, le combat s’annonçait tendu et il n’a pas déçu. Square après les doubles, les Anglaises prenaient les devants en s’adjugeant les

Les Françaises venaient de battre les Anglaises, favorites du tournoi. Crédit / EGA

deux premiers simples. Seul un sans faute sur les trois derniers duels pouvait délivrer la France. Shannon Aubert ne faisait pas de quartier face à Elizabeth Mallett, gagnant 6&4 dans le simple numéro trois. Puis Perrine Delacour poursuivait son récital en remportant son ultime match 3&2 au détriment d’Emile Taylor.

Pour finir en beauté, Céline Boutier l’emportait au 20e trou, au bout du suspens, contre Bronte Law et avec le soutien de son coach Édouard Bréchignac sur le sac : « Je me rappelle lui avoir dit peut-être 2000 fois "On y croit, allez vas-y !". Elle savait tout faire mais elle avait besoin de ça pour tout donner. Pas grand monde nous voyait gagner sur cette édition face aux Anglaises. Je suis assez fier de ce doublé, on venait de faire un truc super en gagnant en 2010 et on ne s’est pas arrêté là. On était rentré dans une spirale positive de travail et de confiance et ça avait payé. Tout ça était le fruit d’un boulot incroyable, les filles avaient été irréprochables. »

La France décrochait alors un deuxième titre consécutif, un véritable coup de maître. De quoi combler de bonheur Manon Gidali et les autres : « J’étais tellement fier d’être dans l’équipe. C’était quelque chose de spécial qui est difficile à décrire. Ça fait partie des meilleurs moments de ma carrière amateur et franchement je n’oublierais jamais ces instants avec le logo France sur le polo. »


Par Romain MURAILLE
10 juillet 2020