De retour cette semaine en Arabie saoudite pour son premier tournoi de l’année, Céline Boutier met fin à une intersaison de trois mois, l’une des plus longues de sa carrière. On s’est donc intéressé à ce que faisait la n° 1 française pendant tout ce temps.
De son propre aveu, elle ne se souvient pas à quand dans sa carrière remontait une aussi longue pause entre deux saisons. Toujours est-il, entre la conclusion du LPGA Tour 2025 et le début du nouveau calendrier, Céline Boutier a eu presque trois mois, jour pour jour, sans échéance. « Ça me paraissait un peu plus long que d’habitude, mais ça donnait l'impression de deux mois seulement », amorce-t-elle en préambule. En regardant le calendrier de plus près, le constat est pourtant clair : onze semaines et demie précisément ont espacé la fin de la finale du circuit, le 23 novembre, et sa reprise cette semaine en Arabie saoudite pour le PIF Saudi Ladies International. Loin de générer de l’ennui ou de l’impatience - quoi que -, cette période lui a offert quelque chose de précieux : du temps sans golf.
Le temps de la coupure
Généralement d’une durée d’un mois et demi lors des dernières saisons qu’elle a jouées, la pause hivernale laissait la numéro un française avec peu de temps de repos sans avoir à l’esprit l’entraînement, les ajustements techniques et la préparation de la saison suivante. Pour cette fois, le tempo a changé. « J’ai vraiment pu penser à autre chose et pas juste au golf », confie-t-elle. Un détail en apparence, mais un levier mental important pour une joueuse habituée à des saisons longues de vingt-quatre tournois, physiquement et émotionnellement exigeants.
Dans la foulée de sa 47e place au CME Group Tour Championship en novembre 2025, la 21e joueuse mondiale a d’abord passé quelques jours à Miami avec son frère et sa famille, avant de rentrer à Dallas, sa base américaine. Un premier vrai congé suivi par plusieurs voyages pour rendre visite à des amis et par un retour en France pendant deux semaines. Au total, trois à quatre semaines réellement « off » comme le veut le jargon. Pas d’entraînement structuré, pas d’objectif de performance. Une période déroutante pour elle : « J’ai pour habitude d’avoir des journées assez planifiées. Ne rien faire pendant si longtemps, c’est bizarre, j’avais l’impression de procrastiner », sourit-elle. Pour autant, la vainqueur de l’Amundi Evian Championship 2023 n’en a pas profité pour se lancer dans des activités qu’elle n’a pas pour habitude de faire. Un peu de randonnée tout de même lors de ses escapades, mais surtout l’envie de « ne pas toujours être occupée pour laisser le cerveau se reposer. »
Le retour au jeu
En revanche, un élément est revenu assez vite dans son quotidien : la préparation physique. Profitant notamment de son passage en France, où la météo hivernale incitait à rester au chaud, la sextuple vainqueur sur le LPGA Tour a rapidement attaqué un programme de musculation sur plusieurs semaines. Une reprise progressive, pensée comme un pont entre la coupure totale et le retour au golf. Car en bonne athlète, le golf n’a jamais complètement disparu du paysage bien que les premiers coups ont été 100 % amicaux. Quelques parties jouées ici et là pour le plaisir ont animé son quotidien. « J’ai joué sans compter mon score et ça, ça faisait très longtemps que ça ne m’était pas arrivé, je crois », glisse-t-elle, comme si cette phrase résumait à elle seule l’esprit de cette phase de l’intersaison. À cela se sont ajoutées quelques journées partenaires, notamment autour de créations de contenus avec des influenceurs golf. De là, on a aperçu une Céline Boutier compétitrice, un brin taquine, mais surtout à cheval sur la règle du drop en match play (voir vidéo ci-dessous). « Je me suis dit, après coup, que j’avais peut-être poussé la règle un peu trop loin, rigole-t-elle. Mais en même temps, c’était un bon golfeur donc je n’allais pas lui laisser en plus trop de liberté ! »
Dans cette phase ludique, « l’envie de retrouver la compétition » s’est peu à peu faite sentir. Alors la reprise, la vraie, s’est opérée fin décembre, un mois et demi avant son retour en tournoi. Ici, pas de passage instantané de zéro à cent dans l’intensité mais bien une progression. « J’ai recommencé avec des journées de trois à quatre heures, juste pour me remettre dedans, retrouver des sensations. Car c’est ce qui bouge le plus au final : les sensations. » Ce recommencement a d’ailleurs conduit à ne pas plonger dans les statistiques de la saison passée, ni sur les points forts et points faibles. « Quand on coupe autant, on repart presque de zéro sur tous les compartiments donc on prend plus le temps de tout ressentir, avec davantage de patience qu’à un autre moment de la saison », explique-t-elle. Puis, au fur et à mesure les heures se cumulent.
Place à la préparation
La gestion de cette reprise est largement pilotée par la joueuse elle-même. « J’ai toujours été très organisée » justifie-t-elle. De sessions de trois à quatre heures, elle atteint des semaines beaucoup plus dense (voir encadré). Et une fois que la Francilienne a consolidé ses bases, elle fait appel à l’expertise de son coach technique, Cameron McCormick : « Je reprends des leçons pour avoir un autre retour et j’adapte mon entraînement en fonction de ce qu’il me dit. » Si l’on décortique davantage la construction d’un entraînement, la joueuse de 32 ans n’estime pas précisément le temps qu’elle accorde à son échauffement ou à ses exercices de performance. La construction en revanche, est toujours la même : le travail technique précède constamment la mise en situation qui, elle-même, devance l’exercice de performance. Cet automatisme, elle l’applique depuis plusieurs années maintenant ; bien loin d’une époque amateur ou universitaire qu’elle qualifie de « moins cadrée mais aussi moins professionnelle, forcément. »
Une semaine type
Trois préparations physiques (lundi, mercredi, vendredi)
Une ou deux leçons par semaine
Un parcours tous les deux jours
Temps restant pour l’entraînement
Au final, chaque compartiment du jeu est travaillé régulièrement, avec des contenus qui varient en fonction de la forme du moment. Impossible, selon elle, de figer à l’avance le temps exact consacré au chipping, au putting ou à un autre secteur de jeu : « tout dépend du ressenti, du swing, des retours du coach et des priorités du jour. » Cette part d’improvisation s’inscrit dans la ligne directrice technique. Celle qui servira de base pour toute l’année et qui ne connaîtra que quelques ajustements au cours de rares coupures dans la saison. Ce temps long pendant l'hiver avait, comme chaque année, tout de l’atout pour se lancer de la meilleure manière. À condition, comme la Française l’a fait, de l’avoir exploité intelligemment.