Sur le Challenge Tour depuis 2020 après neuf saisons pleines sur le Tour européen, Romain Wattel, 31 ans, traverse une période difficile de sa vie de golfeur professionnel. Mais l’ancien champion du monde amateur par équipes veut garder l’espoir d’un rebond salvateur.  

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Romain Wattel a fait cette saison une apparition sur le DP World Tour. C'était fin mai au Dutch Open, tournoi qu'il avait remporté en septembre 2017... © Aurélien Meunier / Getty Images Europe - AFP

Romain Wattel est cette semaine de retour sur le Challenge Tour, du côté de Neuburg an der Donau (Bavière). Après avoir pris quelques jours de repos et fait l’impasse en Autriche au Euram Bank Open remporté par l’Allemand Marc Hammer devant le Français Pierre Pineau.

En onze départs cette saison sur la deuxième division européenne, le golfeur de Bussy (77) n’a franchi qu’à quatre reprises le cut, se contentant en guise de « valeur étalon » d’une 25e place. C’était en Afrique du Sud, au Jonsson Workwear Open, le 27 février dernier. 

Une « performance » évidemment bien loin des objectifs fixés en début d’année pour celui qui détient une catégorie pleine (8) mais qui n’a plus réussi à se placer dans un top 10 depuis le 8 septembre… 2019 au Porsche European Open. Soit 48 tournois consécutifs, Tour européen et Challenge Tour confondus. 

« Cela pourrait aller mieux mais c’est comme ça, souffle, fataliste, l’ancien champion du monde amateur par équipes en 2010 aujourd’hui âgé de 31 ans. Ce n’est pas une situation très agréable. Je ne joue pas mon meilleur golf, c’est sûr. Il y a dans une carrière des moments plus durs que d’autres. J’espère que ça ne va pas empirer. J’essaie de m’améliorer, mais j’ai du mal. Je n’arrive pas forcément à faire de belles journées de golf où je me fais plaisir, où je tape bien la balle. C’est très frustrant. » 

Rencontré il y a quinze jours au Vaudreuil Golf Challenge (Eure) où il n’a pas passé le cut après deux cartes de 72 et 74, Romain Wattel n’a pas trop envie de s’attarder sur les raisons qui l’ont amené à vivre certainement la période la plus difficile de sa carrière riche de deux victoires, l’une sur le Challenge Tour en Alsace (Allianz European Strasbourg-Golf de la Wantzenau) le 5 septembre 2010 – il était encore amateur – l’autre sur l’European Tour au KLM Open 17 septembre 2017. 

Quand on ne tape pas bien la balle, quand on a du mal dans certains secteurs de jeu, la confiance ne peut pas être là.

« Il y a certains paramètres que je ne veux pas partager, prévient-t-il. Mais il est vrai que la confiance est fortement liée à la performance. Quand on ne tape pas bien la balle, quand on a du mal dans certains secteurs de jeu, la confiance ne peut pas être là. Elle vient quand justement on commence à enclencher une dynamique positive. Chose que j’ai du mal à faire pour l’instant. » 

Un mal – profond ? – que l’élève d’Alain Alberti ressent depuis plusieurs années maintenant.

« Depuis 2016, au moins… J’ai gagné en 2017 mais c’était un peu l’arbre qui cachait la forêt. J’étais déjà dans cette turbulence. Ce n’est pas simple à vivre car j’adore le golf. J’adore ce sport, qui m’a fait du bien à un certain moment de ma carrière. Là, c’est un peu plus compliqué…» 

Arrêter ? Forcément, on y pense. Quand tu fais des mauvaises journées, que t’as l’impression de ne pas trouver la clé… Tout le monde y pense dans ces cas-là.

Dans ce genre de spirale négative qui persiste, deux solutions se font face. Abandonner et passer à autre chose. Ou s’accrocher en espérant rebondir comme souvent dans la vie d’un golfeur professionnel. Romain Wattel a choisi la seconde alternative. 

« Arrêter ? Forcément, on y pense, juge-t-il doucement. Quand tu fais des mauvaises journées, que t’as l’impression de ne pas trouver la clé… Tout le monde y pense dans ces cas-là. Parfois, c’est juste une idée. Et puis parfois, tu te dis : « p… c’est vraiment dur » Ce que je ne veux pas, c’est une pensée qui soit récurrente et un truc qui me prenne autant de temps que de jouer au golf. A un moment dans ta carrière, tu penses à ce que tu aurais pu faire si tu n’avais pas joué au golf. Je n’ai pas envie que cette idée prenne le dessus… » 

« Je suis passé pro très tôt (Ndlr, en novembre 2010. Il n'avait pas encore 20 ans). J’ai donc pu apprendre mon métier assez tôt. C’est plutôt bien. Là, je n’ai juste pas envie de m’user. Parce que c’est un peu comme une relation intime. Si je ne fais pas l’effort pour entretenir la relation, celle-ci peut s’essouffler. A moi d’entretenir ce lien avec le golf, faire en sorte que j’aime toujours ça, que ça m’amuse toujours. Parce que sinon, ça peut être une plaie ! » 

Mon objectif est surtout de refaire de bons tournois, de belles perfs… Là, je me bats pour jouer dans le par, faire des +1… Tu ne peux pas faire de bons résultats en jouant comme ça…

Même si les résultats actuels ne plaident pas en sa faveur, l’objectif est toujours d’aller chercher le top 20 à la fin de l’année, synonyme de montée sur le DP World Tour, ou au moins le top 45 final qui lui permettrait d’accrocher directement une place à la finale des Cartes européennes (PQ3) prévue à Tarragone (Espagne) du 11 au 16 novembre.   

« Aujourd’hui, je ne me focalise que sur le Challenge Tour, même si ma petite catégorie sur le DP World Tour me permettrait de jouer cinq tournois au maximum. Mon objectif est surtout de refaire de bons tournois, de belles perfs… Là, je me bats pour jouer dans le par, faire des +1… Tu ne peux pas faire de bons résultats en jouant comme ça… Mais ça peut aller très vite aussi dans l’autre sens. » 

« Même si là, je ne me fais pas extrêmement plaisir, le golf reste un sport génial, conclut-il. Je sais que je peux faire des bonnes choses. C’est pour ça que je tiens le coup aussi. Je m’accroche à tout ce qui peut m’aider. J’essaie surtout de reconstruire. C’est pour cela que je ne veux pas lâcher. Le golf peut me faire vivre des moments que je vivrai difficilement dans la vie de tous les jours. »